LIVRE XXII. — PIÈCES JÜSTIFIC.\TI VES. .ÎÔU
poursuite, eussent eu le temps de les atteindre; et ceux qui, dans un premier moment de terreur, avaient cherché un refuge dans les bois étaient sortis de cet asile, se fiant aux proclamations et aux promesses, qui étaient faites par leure maires et par leurs curés, d’un pardon généreux.
« C’est dans ces circonstances, c’est au mépris de la double garantie qu’offraient à ces hommes égarés et l’indulgence de la loi et la parole de leurs magistrats et de leurs pasteurs, que cent cinquante familles sont plongées dans le deuil, dans la misère et dans la désolation.
« Cet aperçu est révoltant sans doute; il serait facile de le rendre plus révoltant encore, en offrant ici le tableau des irrégularités graves et nombreu- •sesqui ont signalé et l’instruction et les arrêts. On eût dit que la justice et la loi, indignées, avaient refusé, dans cette circonstance, et leurs formes et leur langage. L’accusation, vaguement conçue, était toujours suivie d’une non moins vague condamnation. Souvent même la condamnation supposait un attentat dont l’accusation n’avait pas parlé. En un mot, les arrêts ne ressemblaient que trop souvent à ces jugements en masse qui nous rappellent une si terrible époque, et dans lesquels le .seul point important était qu’ils continssent 1e nom des victimes.
r.AO Mf.MOIRES DU DUC DE RAGUSE.
« La düuzièiiip procédure n’était pas encore terminée lors de l’arrivée du maréchal dans la dix-neuvième division. Celle-ci était destinée à faire justice des coupables qui pouvaient appartenir à la ville de Lyon.
« L’instruction durait depuis quatre mois, et rien n’annonçait encore le jour du jugement. Le maréchal demanda les causes de ce retard extraordinaire et fâcheux ; on ne put en donner de satisfaisantes. 11 insista pour qu’il fût mis un terme à l’horrible agonie des malheureux que la hache menaçait encore et à l’épouvante que la contrée entière éprouvait. Il l’obtint avec peine.
« Le résultat a prouvé que la cour prévôtale n’avait. pas épuisé ses rigueurs. Mais la procédure est venue confirmer, ce qui était devenu déjà si évident, que l’insurrection qui avait eu lieu ne tenait nullement à ce plan vaste et combiné qu’on avait supposé; qu'il n’y avait parmi les insurgés aucun but arrêté; les uns croyant s’armer pour rétablir Napoléon, d’autres pour le prince d’Orange, ceux-ci pour la république, ceux-là contre les étrangère; qu'il n’existait ni bandes organisées, ni dépôt d’armes, ni chefs connus, ni sommes distribuées'; que les séditieux n’ont su qu’entreprendre et n’ont rien
* Si ce n'est environ niHIo francs, sur lesquels le sieur Barbier, révélateur, a résené pour lui huit cent vingt et un francs.