LIVRE XXII. - PIÈCES JUSTIFICATIVE.S
entrepris; elle a prouvé enfin que l’insurrection était l’ouvrage de quelques misérables, ardents à compromettre par des bruits mensongers, par de fausses espérances et par des menées criminelles, tous ceux (jue leur faiblesse, leur mécontentement et leurs besoins rendaient plus susceptibles d’être leurs dupes.
« Mais ce qui en résulte de plus remarquable encore, c’est l’indice des étranges moyens employés pour parvenir à ajouter au témoignage des espions le témoignage de quelques-unes de leurs malheureuses victimes.
M Cinq accusés, Vernay, Coindre, Gaffe, Gaudet et Geibel, avaient, dans leurs interrogatoires écrits, compromis diverses personnes; dans les débats ils ont désavoué, comme d’horribles mensonges, les déclarations qui les mettaient à l’abri de la justice et de la vengeance, et protesté qu’elles leur avaient été arrachées par des menaces atroces, par l’espérance que ces révélations les feraient acquitter; plusieurs même ont protesté qu’on avait écrit ce qu’ils n’avaient pas dit dans leurs interrogatoires, subis à la mairie. L’un d’eux surtout, le nommé Vernay, qui, condamné à la peine de mort par conlumace, avait été surpris dans son asile, et se trouvait réduit à lutter contre une première condamnation, épouvanté par sa position, par le sort de
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lanl (le malheureux, avait perdu la raison et adopté aveuglément toutes les fables dont on avait cru avoir besoin pour donner quelque crédit au système d’accusation.
« Arrivé devant la cour prévôtale, ea présence d’un nombreux auditoire, ce malheureux balbutia d’abord quelques mots dans le sens de ses prétendues révélations; mais bientôt, cédant à ses remords et au cri de sa conscience, il ne veut plus d’un salut qui lui coûte un parjure, et, subissant Tentrainement que fait naître presque toujours une inspiration généreuse, il s’écrie, avec cet accent que le mensonge n’imite pas : « J’atteste ce Christ, qui est « devant mes yeux, que ce’que j’ai dit n’est pas la « vérité; on m’y a forcé par les plus terribles me- M naces. Je vous eusse accusé vous-même, monsieur « le président, si on l’eût exigé. Me voilà à votre « disposition; vous pouvez me faire mourir, je le a sais; mais j’aime mieux mourir sans honte et « sans remords que de vivre déshonoré par le « mensonge et la calomnie : quand vous voudrez, « je suis prêt. »
« Nous autres spectateurs de ce débat, nous nous souviendrons longtemps de la profonde émotion que fit naître ce désaveu noble et touchant. Il ne désarma pas les juges de Vernay : ils condamnèrent ce malheureux au dernier supplice, pour n’avoir