‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 19 sur 178 · LIVRE XXI. — 1814 - 1813 . ô · texte numérisé non relu

LIVRE XXI. — 1814 - 1813 . ô

Le roi se rendit d’abord à Notre-Dame, où un Te Deim fut chanté. Il alla ensuite s’établir au palais des Tuileries.

Une circonstance inaperçue montra, dès les premiers jours, la maladresse et l’ignorance des choses et des hommes dont les Bourbons, dans leui-s différents actes, devaient sans cesse offrir la preuve. Une partie de la vieille garde était casernée à Paris; d’elle-même elle alla se placer au.\ postes qu’elle était dans l’usage d’occuper au château ; mais on la fit évacuer pour l’y faire remplacer par un détachement de la garde nationale à cheval, composé de jeunes gentilshommes qui venaient offrir leurs services et demander des emplois.

Pour des gens du moindre jugement, il était de bon augure et d’une importance capitale de voir ces vieux soldats, ces vétérans, s’empresser de venir d’eux-mêmes se rallier autour du nouveau souverain. Cette troupe, l’élite de l’armée, non-seulement par sa bravoure, mais encore par sa bonne conduite, était composée des meilleurs sujets des régiments qui les avaient fournis. Leur prétention et leur ambition étaient d’environner le trône. I.es priver d’un droit dont iis étaient en possession et acquis au prix de leur sang était une injustice, et les mécontenter, une grande faute. En les comblant et en les traitant avec considération et confiance,

iO MÉMOIRES DU DUC DE RAGUSE.

on les allachail pour toujours au nouvel ordre de choses- F-a vieille garde étant dévouée, l’armée suivait. Tout est exemple et imitation chez les hommes, et particulièrement dans les troupes. Quand la tète de l’armée est satisfaite, le reste est facile à contenter.

11 en était de même pour les généraux. En traitant bien les principaux, et satisfaisant l’ambition des trente les plus renommés, les autres ne devaient plus inquiéter. Ils auraient été dociles, empressés et nullement à craindre; mais loin de là, sauf quelques belles paroles, tous les actes ne cessèrent de menacer l’existence de tous et de chacun.

Louis XVlll se pénétra de l’idée fausse que le rétablissement complet de la maison du roi, telle (ju’elle était avant la réforme opérée par M. de Saint-Germain, était une action prudente et politique. Aussi s’en occupa-t-il sur-le-champ. On l’augmenta même de deux compagnies de gardes du corps, données à deux maréchaux, au prince de Neufchâlel et à moi. — Un corps d’officiers faisant fonction de soldats n’est plus de notre temps. En le formant d’individus qui, n’ayant jamais servi, ne pouvaient mériter les grades qu’on leur prodiguait, on proclamait, en présence d’une armée ilans laquelle des grades pareils avaient été le prix

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