‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 20 sur 178 · LIVRE XXI. — i8u-i8ii · texte numérisé non relu

LIVRE XXI. — i8u-i8ii

des plus grands travaux et des plus grands dangers, on proclamait, dis-je, l’intention de donner bientôt aux nouveaux venus une préférence décidée sur les anciens, et de rendre les premiers l’objet de toutes les faveurs.

Cette création d’une multitude d’emplois d’officiers supérieurs semblait avoir pour objet de prér parer le remplacement de tous les colonels et lieutenants-colonels de l’armée, .\iissi ceux-ci avaient une grande inquiétude et une sorte d’effroi. Si on avait fait cette création avec plus de réserve et plus de discrétion, si on avait e.\igé des services antérieurs pour être admis dans la maison du roi, comme on l’a fait depuis pour les gardes du corps, le mal eût été moindre. C’eût été un moyen de donner une espèce d’activité à quelques-uns des officiers que la réduction sur le pied de paix devait mettre sans emploi, et lier la maison du roi à l’armée. Je m’imposai cette règle dans l’organisation de ma compagnie. Sur trois cent quarante gardes qui la composaient, je plaçai comme simples gardes vingt-sept capitaines de l’armée, soixante-cinq lieutenants et sous-lieutenants, et cent quatre-vingts ayant servi comme sous-officiers ou soldats. Aussi ma compagnie fut-elle trèspromptement organisée, et présenta-t-elle en peu de mois instruction et discipline. Mes camarades

A2 MÉMOIRES ÜC DUC DE RAUUSE.

agirent autrcmcMil. Une belle, bonne et estimable jeunesse, mais sans instruction et sans esprit militaire, entra dans leurs con)pagnies. Les anciens gardes du corps étant vieux, usés et ignorants, et les capitaines des gardes incapables, ces compagnies n’avaient encore aucune consistance, quand la révolution du ‘iO mars 1815 nous surprit.

Convaincu qu’en toute chose une vérité fondamentale doit servir de base et de règle, et que si on ne la découvre pas on marche au hasard, je me demandai ce qui devait distinguer une maison du roi de toute autre troupe, et quel était le but particulier à remplir en la formant.

Une maison militaire, composée uniquement d’olïiciers, a pour objet principal de mettre la vie du roi à l’abri des dangers qu’elle peut courir. Ceux qui y sont admis doivent donc offrir des garanties particulières de fidélité. Or ces garanties se trouvent non-seulement dans la moralité et la bravoure de chaque individu, mais encore dans les sentiments de sa famille dont il est comme le représentant, et qui lui sert de caution. D’après cela, il faut qu’il appartienne à une classe élevée de la société.

Un autre motif démontre aussi la nécessité d’une semblable composition ; c’est celui de donner à ce corps la considération qui lui est nécessaire. En

Page 1