‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 62 sur 178 · LIVRE XXI. — CÜIWIE.SPONÜAXCE · texte numérisé non relu

LIVRE XXI. — CÜIWIE.SPONÜAXCE

fui dulis la chambre, il ne me parla que de choses indifférentes. Mais, lorsqu’elle sortit, il reprit sa première position. Je jugeai convenable de le laisser seul; il nous fit cependant prier de passer de temps en temps dans sa chambre pour ne pas faire soupçonner sa présence.

a Nous lui Hmes savoir qu’on était instruit que le colonel Campbell avait passé la veille justement par cet endroit pour se rendre à Toulon. Il résolut aussitôt de prendre le nom de lord Burghersh.

« On se mit à table; mais, comme ce n’étaient passes cuisiniers qui avaient préparé le dîner, il ne pouvait se résoudre à prendre aucune nourriture, dans la crainte d’ètre empoisonné. Cependant, nous voyant manger de bon appétit, il eut honte de nous faire voir les terreurs qui l’agitaient et prit de tout ce qu’on lui offrit; il fit semblant d’y goûter, mais il renvoyait les mets sans y toucher. Son dîner fut composé d’un peu de pain et d’un flacon de vin, qu’il fit retirer de sa voiture et qu’il partagea même avec nous.

« Il parla beaucoup et fut d'une amabilité trèsremarquable. Lorsque nous fûmes seuls, et que riiôtesse qui nous servait fut sortie, il nous fit connaître combien il croyait sa vie en danger; il était persuadé que le gouvernement français avait pris

ir.M MÉMOIRES DU DUC DE RAGUSE.

des mesures pour le faire enlever ou assassiner dans cel endroit.

« Mille projets se croisaient dans sa tête sur la manière dont il pourrait se sauver; il rêvait aussi aux moyens de tromper le peuple d’Aix, car on Tavait prévenu qu’une très-grande foule l’attendait à la poste. Il nous déclara donc que ce qui lui semblait le plus convenable, c’était de retourner jusqu’à Lyon et de prendre de là une autre route pour s’embarquer en Italie. Nous n’aurions pu, en aucun cas, consentir à ce projet, et nous chercbàmes à le persuader de se rendre directement à Toulon ou d’aller par Digne à Fréjus. Nous tàebâmes de le convaincre qu’il était impossible que le gouvernement français pût avoir des intentions si perfides à son égard, sans que nous en fussions instruits, et que la populace, malgré les indécences auxquelles elle se portait, ne se rendrait pas coupable d’un crime de cette nature.

« Pour nous mieux persuader, et pour nous persuader jusqu’à quel point ses craintes, selon lui, étaient fondées, il nous raconta ce qui s’était passé entre lui et l’hôtesse, qui ne l’avait pas reconnu. « Eh bien, lui avait-elle dit, avez-vous rencontré « Bonaparte? — Non, avait-il répondu. — Je suis « curieuse, continua-t-elle, de voir s’il pourra se « sauver; je crois toujours que le peuple va le mas-

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