‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 63 sur 178 · LIVRE XXI. - CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

LIVRE XXI. - CORRESPONDANCE

« saerer : aussi faut-il convenir qu’il l’a bien mé- « rRé, ce coquin-là! Dites-moi donc, on va l’em- « barquer pour son île? — Mais, oui. — On le « noiera, n’est-ce pas? — Je l’espère bien! » lui répliqua Napoléon. « Vous voyez donc, ajouta-t-il, « à qud danger je suis exposé! >/

« Alors il recommença à nous fatiguer de ses inquiétudes et de ses irrésolutions. 11 nous pria même d’examiner s’il n’y avait pas une porte cachée par laquelle il pourrait s’échapper, ou si la fenêtre, dont il avait fait fermer les volets en arrivant, n’était pas trop élevée pour pouvoir sauter et s’évader ainsi.

« La fenêtre était grillée en dehors, et je le mis dans un embarras extrême en lui communiquant eette découverte. Au moindre bruit il tressaillait et changeait de couleur

« Après dîner, nous le laissâmes à ses réflexions, et de temps en temps nous entrions dans sa chambre, d’après le désir qu’il en avait témoigné.

« n s’étail rassemblé dans cette auberge beaucoup de personnes : la plupart étaient venues d’Ai.x, soupçonnant que notre long séjour était occasionné par la présence de l’empereur Napoléon. Nous tâchions de leur faire accroire qu’il avait pris les devants; mais elles ne voulaient pas ajouter foi à nos discours. Elles nous assuraient qu’elles ne voulaient

p<ts lui faire du mal, mais seulement le contempler, pour voir quel effet produisait sur lui le malheur; qu’elles lui feraient tout au plus, de vive voix, quelques reproches, ou qu’elles lui diraient la vérité, qu’il avait si rarement entendue.

« Nous fîmes tout ce que nous pûmes pour les détourner de ce dessein, et nous parvînmes à les calmer. Un individu, qui nous parut un homme de marque, s’offrit de faire maintenir l’ordre et la tranquillité à Aix, si nous voulions le charger d’une lettre pour le maire de cette ville. Le général Koller communiqua cette proposition à l’Empereur, qui l’accueillit avec plaisir. Cette personne fut donc envoyée avec une lettre au magistrat. Elle revint avec l’assurance que les bonnes dispositions du maire empêcheraient tout tumulte d’avoir lieu.

« L’aide de camp du général Schuwaloff vint dire que le peuple qui était ameuté dans la rue était presque entièrement retiré. L’Empereur résolut de partir à minuit.

c< Par une prévoyance exagérée, il prit encore de nouveaux moyens pour n’êlre pas reconnu.

« Il contraignit, par ses instances, l’aide de camp du général Schuwaloff de se vêtir de la redingote bleue et du chapeau rond avec lesquels il était arrivé dans l’auberge, afin sans doute qu’en cas de nécessité il passât pour lui.

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