LIVRE XXII. — 1SI5-ISÎ1 ler
— I.a Knince iiiterricnl. — DissUlt-ncc <lan> le iiiinislére Irança». — Cntiqiie du camctên; |x>litii|iic <1e M. de Oli:)t(Miihriand. — Tontalivea sur la Biilassoi. — Crilique de I .1 cnndiiilc de Kabrier. — Critique de l'or^'anisalion de l'arim'e. — Marthes d'iinicnce avec OinT.ird. — Intrigues autour du duc d’Anpoulôme. — lai noble canctère qu'il y di'ploic. — Apprf-ciali»n de cette campagne d'Esp igne. — AITaiUissemcnt de U aanté de l.ouis XVIII. — Kxplications qu'il exi.'c de son iiicderin Porbl. — AfTaihlissemenl graduel. — Derniers jours du roi. — Dernière visite de madame du Caylj. — Ilemar(|uable philosophie du roi. — Histoire des derniers jours. — Sa mort. — Alonsieur est salué roi. — Étiquette. — Anccdole. — Gnice et à-propos du roi CIcirles — Obsèques du roi I ouis XVIII. — Singuliers ilèb.its du clergé. — Inliiimatiun du roi à S.iint- Dciiis. — Entrée du roi à Paris.
Jp reviens ù l’époque qui suivit le 8 juillet, jour de la deuxième rentrée du roi à Paris.
Le ministère fut composé de Talleyrand, Fouché, tlouvion-Saint-Cyr, Louis, Jaucourt, Pa.squier, et le ministère de l’intérieur resta vacant. Il était destiné à Pozzo di Borgo, ambassadeur de Russie, désireux de devenir Français en recevant en même temps la pairie. La leçon des Cent-Jours, si grande, aurait dû profiter si on avait eu le talent de bien reconnaître les fautes commises. On aurait pu modifier la Charte; mais on prétendit la respecter, et cependant on sortait de diverses manières de l’ordre régulier qu’elle avait consacré.
Au lieu de se livrer, par des ordonnances do proscription, a la poursuite misérable de quelques gens, plus ou moins coupables, dont un grand nombre était tout à fait inconnu, n’aurait-on pas dû prendre de grandes mesures pour assurer l’avenir? Ainsi, par exemple, rien n’eût paru plus simple,
plus juste, que de rendre inhabiles aux fonctions politiques les individus qui avaient siégé dans les deux Chambres créées par Napoléon. On faisait disparaître de la scène politique, sans répandre de sang, sans bannissement, les athlètes les plus redoutables et les plus factieux, et on pouvait relever de celte interdiction tous les individus qui, avec le temps, en seraient jugés dignes. La manière dont les listes de proscription furent faites mil le comble à l’absurdité de cette mesure. Ce travail si important fut arrêté sans réflexion, sans discussion et avec cette légèreté incroyable dont notre pays présente seul l’exemple. On porta ensuite une loi de bannissement contre ce qu’on appela les régicides relaps, et en celte circonstance on blessa à la fois la justice, le bon sens et la langue.
On appela régicides relaps ceux qui avaient, pendant les Cent-Jours, accepté des fonctions quelconques. Or, en bon français, si l’on peut appliquer le mot de relaps à autre chose qu’à la religion, le régicide relaps est un homme qui serait une seconde fois régicide après avoir eu sa grâce une première. On aurait pu, on aurait dû peut-être, en 1814, chasser tous les régicides; mais, en 1815, il fallait n’en frapper aucun; caria mesure prise contre eux alors présenta ce scandaleux et singulier spectacle : le meurtrier du roi resta tranquille, et ce fut l’am-
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bilieux qui avait exercé des fonctions de simple maire de village qui fut proscrit. Le crime resta impuni, et une légère faute fut traitée comme un crime. Dans la forme et dans le fond, tout, dès le début, fut mal calculé, gauche et misérable. On menaça beaucoup sans faire grand mal. On injuria sans cesse, chose partout nuisible, mais toujours funeste en France, et qu’aucune circonstance ne justifie, même quand on est décidé aux actes de la plus sévère rigueur. On jeta ainsi les germes d’une redoutable réaction.
L’armée avait été coupable: mais toute l’armée avait participé à la faute. Quand une faute a été universelle, il faut trouver un moyen d’absoudre et chercher à se placer sur de meilleures bases pour l’avenir. On voulut faire des catégories, établir mille nuances entre ceux qui avaient servi plus ou moins Napoléon, et on ne vit pas les conséquences injustes, funestes et absurdes qui devaient en résulter. Beaucoup de ceux qui avaient les honneurs de la fidélité, sur lesquels on allait appeler les faveims et faire reposer la confiance, étaient, à un très-petit nombre près, le rebut de l’armée. Ces officiers n’avaient pas servi, parce que Napoléon n’avait pas voulu les employer. Parmi les généraux, et au premier rang, je citerai d’abord Canuel et Donadieu, qui furent portés aux nues. Les préférences
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dont ils furent l’objet offensèrent plus les généraux honorables de l’armée que diverses mesures de rigueur dirigées contre eux-mêmes. Chacun dit: «S’il faut ressembler à ces individus pour être distingué par les Bourbons, je ne veux pas de leur faveur. » Il arriva que l’honneur, aux yeux de la multitude, fut dans la disgrâce, et cela dans le pays du monde où les hommes sont les plus courtisans et les plus solliciteurs. Triste début pour fonder le pouvoir! 11 faut reconnaître les services rendus n’importe par qui; mais certes il vaut mieux placer sa confiance dans un caractère honorable et une vie entachée par une seule faute que dans l’individu qui a prouvé une seule fois son dévouement, mais dont la vie est remplie d’une suite de mauvaises actions; car l’une est l’exception, et l’autre l’habitude. Ainsi il fallait tenir compte aux généraux Canuel et Donadieu de leur bonne conduite pendant les Cent-Jours, mais ne pas les placer au-dessus d’hommes qui, de tout temps, avaient été entourés de l’estime générale. Il fallait, tout en reconnaissant la faute, la remettre généreusement et n’en plus garder le souvenir. Les braves gens sont plus sensibles à un traitement pareil, et la reconnaissance est plus sincère pour un témoignage de confiance reçu, quand ils savent qu’il pourrait leur être refusé, que pour des bienfaits. Ouand te pou-