LIVRE XXII. - 18I5-1SÎ
voir s’élève à une grande hauteur et montre de la magnanimité, il double son éclat et ses moyens d’action sur l’esprit des hommes.
L’armée, s’étant retirée sur la Loire, présentait une masse compacte. Aprèsavoir arboré le drapeau blanc, elle pouvait devenir menaçante si les circonstances l’eussent amenée à défendre les intérêts de la France, et non plus ceux d’une faction, contre les exigences des étrangers. La menace seule, de la part du roi, de se réfugier avec sa famille au milieu de cette armée, les eût effravés. Mais cette menace prétendue, faite par Louis XVIll, ne l’a jamais été sérieusement. Les étrangers exigèrent, au contraire, le licenciement de l’armée, et le maréchal Gouvion-Saint-Cyr se chargea de rédiger l'ordonnance qui le prescrivait, tandis que le maréchal Macdonald reçut la douloureuse mission de l’exécuter. On adopta, en remplacement, le système des légions composées d’hommes de la même province, système économique et bien entendu, qui charge les mêmes hommes du soin de conserver la gloire des corps dans lesquels ils servent et des provinces où ils sont nés, moyen d’ajouter à l’énergie de leurs facultés en prolongeant, dans leur vieillesse et au milieu de leurs villages, les souvenirs communs des événements des camps et de leur jeunesse.
On donna le titre de légion à ces corps d’infanterie, parce qu’on voulut ajouter à chacun d’eux un détachement de cavalerie et d’artillerie, idée bizarre; car, s’il est vrai qu’à la guerre les armes doivent être mélangées, il est de principe et d’expérience qu’en temps de paix et pour l’instruction les armes doivent être séparées. Mais toute cette organisation ne fut qu’ébauchée et ne reçut jamais le développement qu’avait conçu son auteur. Avant de procéder à cette nouvelle organisation, chaque soldat licencié reçut l’ordre de rentrer dans ses foyers, et l'on vit cent cinquante mille vieux soldats répandus sur le sol du royaume, un bâton à la main, allant retrouver paisiblement leurs villages sans causer nulle part aucun désordre. On peut reconnaître, en cette circonstance, ce qu’opérèrent la soumission aux lois, le respect pour l’autorité et le sentiment des devoirs du citoyen. Il y avait loin de ces mœurs à celles des grandes compagnies conduites par du Guesclin.
Une fois les étrangers débarrassés de toute crainte à l’égard de l’armée, les exigences de leur part n’eurent plus de bornes. Rappeler l’enlèvement des objets d’art et des trophées que nos victoires avaient réunis dans notre capitale, les contributions de toute espèce imposées, et qui s’élevaient à de si épouvantables sommes, serait superflu. Enfin, pour