‹ Memoires du Duc de RovigoChapitre 23 sur 61 · MÉMOIRE · texte numérisé non relu

MÉMOIRE

« compter. Hier j’avais des affaires à régler, main- « tenant je suis prête. Si tu es bon Autrichien , «je le verrai; tu'sais combien il a fait de mal à «notre pays! Eh bien! ce soir, je le vengerai; ne « manque pas de venir me chercher. »

Une pareille confidence effraya l’officier, qui ne voulut pas en courir la responsabilité; il vint de suite en faire part : on le récompensa. On n’envoya point la voiture au lieu du rendezvous, et la comtesse évita l’pccasion d’acquérir une célébrité qui aurait sans doute flétri sa réputation de femme gracieuse.

Cette aventure eut lieu la veille du jour où l’empereur partit de Schœnbrunn pour Paris.

Ues Autrichiens, pour premier paiement des contributions, furent obligés de nous céder le montant des subsides qu’ils devaient recevoir d’Angleterre; ils les attendaient justement dans le mpment; ils donnèrent ordre à Hambourg que, quand ils arriveraient, on les passât à l’ordre du ministre de France. C’était alors M. Bourienne, que l’empereur avait consenti à réemployer : il reçut les subsides anglais destinés à, l’Autriche, et les envoya à Paris.

Quelques jours avant de partir de Vienne , l’archiduc Charles avait demandé à l’çmpereur Une entrevue. Je ne sais pourquoi l’archiduc ne vint pas à Schœnbrunn, mais l’entrevue eut lieu

DU DUC ÜE ROVIGO. dfa

à tin rendez-vous dé châsse appelé la Vénerie^ sur la route de Vienne à Bukersdorf. L’emperédr y était allé comme pour chasser ; l'archiduc* y vint avec deux officiers seulement; ils s’errtretmrent long-temps seuls dans une chambre du pavillon de chasse. Nous revînmes assez tard à Schœnbrunn. L’empereur faisait un cas particulier de l’archiduc Charles ; il l’estimait beaucoup et lui était attaché.

L’empereur partit de Vienne; pour arriver à Munich, il passa par Scharding et Passau, où il rencontra le général Lauriston , qui revenait de Cadix; il l’envoya comme gouverneur à Venise. 11 arriva à Munich pendant la nuit, quelques' jours avant le nouvel an de 1806. L’impératrice y était arrivée par son ordre depuis quinze jours; elle était auparavant à Strasbourg (1).

La princesse Caroline y était aussi. Il y eut à la cour de Bavière, comme on le peut croire, une belle joie ; non seulement le pays avait été sauvé, mais presque doublé, et les troupes bavaroises n’avaient pas été engagées, c’est-à-dire qu’ elles n’avaient éprouvé que de légères pertes aussi nous témoigna-t-on un. grand plaisir de

(1) C’est pendant le séjour à Munich que l’on abandonna le Calendrier républicain , pour reprendre le calendrier ancien.

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nous voir, et nous y fit-on toute espèce de bon

accueil.

C’est à Munich que nous commençâmes à apercevoir ce dont nous n’avions encore entendu parler que vaguement.

On envoya par le Tyrol un courrier qui porta l’ordre au vice-roi d’Italie de venir de suite à Munich; effectivement cinq jours après il arriva. On ne dissimula plus alors son mariage avec la princesse Auguste de Bavière , née de la première femme du roi de Bavière, lorsqu’il n’était encore que prince des Deux-Ponts. L’on aimait beaucoup le vice-roi, et l’on témoigna le plus sensible plaisir de le voir unir sa destinée à celle d’une princesse qui était aussi bonne et aussi belle que l’était la princesse Auguste.

La cérémonie religieuse fut faite par le prince primat d’Allemagne, ancien électeur de Mayence.

Le mariage fut célébré à Munich; il y eut à cette occasion les fêtes d’usage; elles durèrent une semaine entière, après quoi l’empereur revint à Paris. Le vice-roi passa encore quelque temps à Munich , puis s’en retourna à Milan.

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