II. l
p’, était toujours quelque chose de fort mauvais.
Le bulletin delà bataille d’Austerlitz, qui avait (été lu dans toute l’Allemagne avec une extrême avidité, semblait devoir produire le même effet pn France. Effectivement il y excita l’enthousiasme; cependant, il s’était manifesté à Paris une grande inquiétude sur le sort de la banque, et dans très-peu de temps la peur se communiqua si rapidement, que l’on se porta en foule au change des billets; elle ne put satisfaire tout ce qui se présentait à la fois. On crut qu’elle éprouvait des embarras d’argent , et . la . fouie devint encore plus grande. L’agiotage s’en mêla; on vendit les billets comme les autres effets publics, et ils perdirent jusqu’à 70 francs pour 1,000.
Les fonds publics se ressentirent un peu de cet état de choses , qui donna de l’inquiétude à l’empereur. A cela se joignit un autre incident dont je vais rendre compte.
Un officieux de Paris écrivit à quelqu’un qui avait la facilité de voir souvent l’empereur, et lui dénonça une fraude du trésor public, qui avait déjà souscrit pour 80,000,000 derescriptions des receveurs-généraux , à prélever sur les revenus de 1806; or, nous étions au mois de décembre i8o5(i).;
(1) M. le duc de Gaëte , ministre des finances, dans les
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On en conclut que l’empereur dépensait les revenus de l’État par anticipation; cela contribua encore à faire baisser les effets publics. Toutes ces nouvelles lüi donnaient’ de Fhumeur, et lui faisaient désirer ardemment de terminer à Vienne, pour aller voir à Paris la cause de ce désordre.
Il pressa tant pour la paix, qui ne tenait plus qu’à quelques difficultés de contributions, qu’en* fin elle fut signée; il la ratifia le même soir, et partit le lendemain.
Avant de quitter Vienne, il se passa une anecdote que je dois raconter ici.
On a beaucoup parlé d’un goût décidé de l’empereur pour les femmes : il n’était pas dominant chez lui. Il les aimait, mais savait lës respecter, et j’ai été témoin de la délicatesse de ses rapports avec elles, lorsque ses longues absences le mettaient dans le cas où étaient tous les officiers de son armée.
Pendant le séjour qu’il fit à Vienne , entre la bataille d’Austerlitz et la signature de la paix, fi eut occasion de remarquer une jeune personne qui lui plut. Le hasard fit qu’elle-même s’était monté la tête pour l’empereur, et qu’elle accepta
mémoires qu’il a publiés , ne laisse rien à désirer sur les causes de ce désordre , et sur les conséquences dont il eût pu être suivi. . * ‘
la proposition qui lui fut faite, d’aller un soir au château de Schœnbrunn. Elle ne parlait qu’allemand et italien; mais l’empereur parlait lui-même Cette dernière langue, la connaissance marché rapidement. 11 fut fort étonné d’apprendre de cette jeune personne qu’elle appartenait à des parens respectables, et qu’en venant le voir, elle était dominée par une admiration qui avait fait naître dans son cœur un sentiment quelle n’avait jamais connu ni éprouvé pour qui que ce fût. Le fait, quoique rare, fut reconnu exact; l’empereur respecta l’innocence de cette jeune demoiselle , la fit reconduire chez elle , fit prendre soin de son établissement et la dota.
Il aimait beaucoup la conversation d’une femme spirituelle ; il la préférait à tous les genres de délassemens. Peu de jours après l’aventure que je viens de citer, arriva celle-ci :
Un agent français, qui habitait Vienne, avait eu occasion d’y distinguer une certaine comtesse à laquelle, disait-6n, un ambassadeur d'Angleterre ( lord Paget ) avait adressé des hommages. Il était difficile de rencontrer une femme plus sé-
duisante que cette comtesse, qui, du reste, portait l’amour de son pays jusqu’à l’exaltation. L’agent se mit dans la tête de la décider à aller Voir l’emperéur, en lui faisant insinuer que la proposition lui en était faite par l’ordre de ce
souverain lui-même, qui cependant n’y pensait pas.
Un officier de la cavalerie de police de la ville devienne, qui connaissait cette comtesse, fut chargé de lui parler. Celle-ci écouta la proposition qui lui était faite un matin pour avoir son exécution le soir; elle ne se décida pas d’abord, et demanda la journée pour réfléchir , ajoutant quelle voulait être assurée si c’était bien par l'ordre de l’empereur qn’on était venu lui faire cette ouverture.
Le soir, la voiture étant prêté au lieu dii réil-i dez-vous où l’officier viennois devait prendre la comtesse pour la remettre à quelqu’un qui devait l’acconipagner à Schœnbrunn , il alla la voir ; elle lui dit qu’elle n’avait pu se décider pour ce" jour-là, mais qu’elle engageait sa parole dfé^é pM y manquer le lendemain, et que, dans l’aprèsmidi, il pouvait venir chercher sa réponse, qù’ëlfë avait pris soif ! ; 1 baairo
La voiture fut recommandée pour le lendemain à la même heure. L’officier viennois , qiiï craignait un autre caprice, ne manqua pas le lendemain de se rendre chez la belle. Il là trouva toute résolue; elle avait mis ordre à ses affaires comme pour faire un long voyage, et elle lui dit d’un air décidé en le tutoyant : « Tu peux venir « me chercher ce soir, j’irai le voir, tu peux y