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Peu après le retour de l’empereur, on apprit l’occupation du royaume de Naples par nos troupes. Le reste de l’hiver se passa en fêtes et en plaisirs.
L’empereur donna au maréchal Murat l’investiture du grand duché de Berg, que la Bavière cédait à la France moyennant d’autres pays. Il donna à M. de Talleyrand là principeauté de Bénévent dans le royaume de Naples, et au maréchal Bernadotte çelle de Ponte -Çorvo dans le même pays ; ce’ qui surprit un peu : on ne croyait pas qu’il fut disposé à commencer la distribution des faveurs par ce maréchal.
Le prince de Bade vint à Paris contracter son mariage, qui fut célébré dans la chapelle des Tuileries. Le prince héréditaire de Bavière était aussi à Paris depuis le io février. Il y eut à cette occasion des fêtes magnifiques données dans l’intérieur du château des Tuileries. Les dames de la cour y exécutèrent des danses de caractère}
qu’ayant dans sa fortune de grands établissemens de chimie , il ne les détruisit point , par la raison qu’il était ministre.
L’empereur reconnut plus tard qu’on l’avait trompé ; M. Chaptal était un des hommes dont la conversation lui plaisait le plus , et des lumières duquel il faisait le plus de cas ; aussi était-il toujours un des premiers sur la liste des personnes qui avaient chez l’empereur la faveur des entrées particulières.
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elles étaient pour la plupart fort jeuftes et fort belles , de sorte que les fêtes avaient , indépendamment de leur éclat, toute l’élégance et la grâce d’un spectacle enchanté. Ce même hiver, l’empereur se décida à poser la couronne de Naples sur la tète de son frère Joseph. Une députation de douze sénateurs alla lui eu porter l’investiture; il s’était rendu à la tête de l’armée qui avait marché contre ce pays et venait de l’occuper. L’empereur se détermina aussi à faire changer en Hollande la forme du gouvernement électif contre la forme monarchique , et le choix des notables du pays (qui, je crois, étaient à nous) se porta sur le prince Louis, frère de l’empereur, à qui on offrit la couronne.
11 est exactement vrai que le prince Louis ne s’en souciait pas le moins du monde ; on fut obligé de faire Violence à ses goûts de retraite , pour la lui faire accepter.
Ainsi la bataille d’Austerlitz avait mis trois rois de plus en Europe et avait renversé la dynastie de Naples.
Vers le printemps de 1806, la position politique extérieure était encore en expectative : les Russes n’avaient rien fait dire ; l’Autriche avait mal exécuté les conditions stipulées à Vienne, comme on le verra plus bas ; la position vis-àvis de l’Angleterre était toujours la même. L’em-
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pereur prévit dès-lors tout ce qu’il aurait incessamment à faire , et il songea à prendre une position forte à Constantinople. Il envoya comme son ambassadeur le général Sébastiani , qui venait d’arriver à Paris , à peine guéri d’une blessure grave qu’il avîlit reçue à la glorieuse journée d’Austerlitz, à la tête d’une brigade de dragons.
Ce général joignait à son caractère public une instruction particulière de l’empereur pour des cas que ce prinoe prévoyait déjà devoir arriver. Sébastiani né tarda pas à justifier le choix que l’empereur avait fait de lui.
Au mois d’avril suivant, tous les personnages illustres qui avaient passé une partie de l’hiver à Paris s’en retournèrent chez eux.
Leroi de Hollande alla également prendre possession de ses États. Plus solitaire qu’il ne l’avait été jusqu’alors, l’empereur ne vivait presque plus que dans son cabinet. 11 songeait sérieusement aux moyens de faire sa paix avec l’Angleterre. M. de Talleyrand ne négligeait rien pour y parvenir; c’était un des hommes qui le désiraient le plus; il critt avoir trouvé une circonstance favorable à ce projet.
La mort de M. I’itt avait fait arriver M. Fox au ministère. L’empereur le connaissait personnellement ; il avait puisé une grande estime pour
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lui dans les longs et fréquens entretiens qu’ils avaient eus ensemble, lorsque ce grand homme d’État était venu sur le continent.
Un de ses parens, lord Yarmouth, se trouvait à Paris au mois de mai 1806; il aimait le monde et les plaisirs. Au milieu des divertissemens, il rencontra une personne dont se servit M. de Talleyrand pour savoir s’il serait disposé à se servir d’ouvertures pacifiques entre les deux gouvernemens. Après quelques explications , il consentit à se charger de la négociation, et reçut un passe-port pour Londres. Sa démarche, non seulement n’y déplut pas ; mais elle y fut accueillie. On le renvoya avec une sorte d’office pour commencer une négociation qui devait avoir plusieurs antécédeus avant de prendre une forme régulière. Bientôt les conférences s’ouvrirent; l’empereur jugea à propos d’y faire assister M. de Champagny et le général Clarke (1).
Le ministère anglais envoya à Paris, comme son chargé d’affaires pour cet objet , lord Lauderdale, et dès-lors il fut reconnu que l’on traitait ouvertement avec l’Angleterre. Il n’y a nul doute
(1) L’empereur traitait Clarke en enfant qui aurait pleuré, si on n’avait pas fait attention à lui. Jamais homme n’a été aussi malheureusement organisé que Clarke ; courtisan par nature, on ne sait ce qu’il n’aurait pas fait pour obtenir un regard d’approbation de l’empereur.
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que l’opposition à la paix no serait pas venue de l’empereur. Il la voulait d’au tant plus sincèrement, qu’elle aurait fixé irrévocablement sa position envers les puissances, du continent. Tout ce qui l’entourait la désirait aussi ; son ministère l’aurait achetée par beaucoup de sacrifices : cependant elle n’eut pas lieu. Lorsque les di£férens ministres étrangers qui étaient à Paris surent, que la France et l’Angleterre traitaient directement et seules de Leurs intérêts réciproques» ils firent tout au monde pour être informés dans les moindres détails de ce qui se passait dans les conférences.
Quelque heureux qu’eussent été pour nous les résultats de la campagne de i8o5, ils n’avaient pas fait perdre l’espérance aux alliés naturels des Anglais. Les ministres de ces puissances à Paris eurent donc assez facilement les moyens de connaître de ces conférences ce qui pouvait intéresser leurs cours. Quelques uns d’entre eux affectaient de paraître bien informés, pour tâcher d’apprendre quelque chose de plus , plaidant le faux pour savoir le vrai.
On employait tout: femmes, intrigues, rien n’était négligé.
Les ministres des puissances dont les Anglais avaient envahi les colonies étaient bien aises de savoir aussi ce qui serait stipulé pour elles. C’est
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par toutes ces menées que l’on apprenait par-ci par-là ce qu’on devait tantôt craindre et tantôt espérer de l’issue des négociations.
La Prusse était dans une situation toute particulière. Contrariée d’accepter la dépouille d’un prince avec lequel elle venait de s’unir contre nous , mais dans la nécessité de s’emparer du Hanovre, elle avait imaginé de recevoir ce pays en dépôt jusqu’à ce que l’acquiescement de l’Angleterre lui' permit de l’agréger définitivement, à ses domaines. Elle voulait , sur tous les autres points, rester sur le pied où elle se trouvait avec la France jusqu’à la paix. L’empereur Napoléon repoussa des stipulations qui annulaient le traité conclu à Vienne. O u négocia de nouveau , et le cabinet de Berlin, qui n’avait pas voulu le Hanovre, et en outre un territoire assez étendu qu’on lui cédait en dédommagement des margraviats donton faisait un accroissement pour la Bavière, fut obligé de l’accepter seul. 11 s’en irrita, cria au manque de foi ; mais les ratifications avaient été échangées; il ne lui restait qu’à subir les conséquences de l’aveuglement qui lui avait fait repousser l’œuvre d’Haugwitz , lorsqu’un nouvel incident vint ajouter à l’irritation .des esprits. Murat, qui venait d’être fait grand-duc de Berg, se disposait à prendre possession des trois Ab-
bayes (i); les Prussiens voulaient les conserver ; on contesta, on récrimina, et enfin on se présenta de part et d’autre pour les occuper. On échangea même quelques coups de fusil, à la suite desquels Blucher se retira.
Le grand-duc, de son côté, se laissa égarer par l’ambition ; il rêvait déjà l’agrandissement de la puissance qu’il venait d’acquérir , et ne se contentait pas d’un lot qui aurait comblé lés vœux d’un prince né de roi.
On ne pfeut deviner Ce qui l’avait ébloui , mais la paix lui paraissait odieuse. Il ne négligeait aucune des nombreuses occasions que sa nouvelle dignité lui procurait pour porter Pemperèur à la guerre. Il lui inspira de la méfiance pour M. de Talleyrand et pour tout ce qui lui parlait de paix. Il alla plus loin ; il fit donner l’alarme au ministre de Prusse sur la perte prochaine du Hanovre, en même temps qu’il entretenait l’empereur des inquiétudes de la Prusse, qui n’attendait que l’assurance d’être appuyée pour éclater. Un autre malheur aussi fut que la grande-duchesse de Berg, douée de grâce, de beauté et de tout ce qui attache à une jeune princesse, aimait le pouvoir. Elle savait le faire trouver enchanteur à
(1) D’Etten, d’Essen et de Werden dans le comté de la Marche,
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ceux qui devaient en supporter les caprices. Mais comme elle ne pouvait l’exercer sous la puissance d’un mari, elle souriait à tous les projets qui, tout en rapportant de la gloire à celui-ci, lui assuraient à elle-même le doux plaisir de régner sans partage, et de voir chacun courir au-devant de ses volontés. Elle poussa donc le grand-duc au lieu de le retenir, et bientôt nous vîmes une troupe de jeunes adorateurs impatiens de voler sur de nouveaux champs de bataille.
Malgré cela, les. conférences suivaient leur marche ordinaire, et l’empereur croyait toucher à la paix, quand, à son grand déplaisir, il se vit forcé d’y renoncer.
Le ministre de Prusse à Paris ( ç’était M. de Luchesini, le même qui avait été plénipotentiaire au célèbre congrès de Sistow, sous Frédéric -le- Grand) avait quitté Paris le 16 février, et y était revenu le 3 mai. 11 avait été frappé de terreur par les résultats de la campagne d’Austerlitz , ne pouvant se dissimuler que le changement subit de la politique de sa cour, et sa conduite équivoqqe dans les derniers momens de la campagne de 1 8o5 , avaient fait changer les sentimens de la France pour son pays. Il était fort en peine de savoir ce qui allait résulter, pour la Prusse, des conférences entre lord Lauderdale et les ministres de France. Allant aux écoutes de tous
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les côtés, et n’ouvrant la bouche que pour s’informer du sort du Hanovre , il était en observation continuelle autour du grand-duc de Berg, et n’y voyait rien de propre à le rassurer : aussi entretenait-il son cabinet dans de continuelles alarmes.
Une autre circonstance contribuait à accroître les inquiétudes de M. de Ilaugwitz, qui étaitvenu négocier à Paris le traité du 1 5 février; il avait été remplacé, comme ministre extraordinaire, par M. de Knôbelsdorf. L’empereur Taisait un cas particulier de ce diplomate, et lui témoignait beaucoup d’égards : cette préférence blessa M. de Luchesini, et ne contribua pas peu à le rendre inquiet et ombrageux.
Il était difficile que le roi de Prusse ne conçût pas d’inquiétudes de tout ce qu’on ne manquait pas de lui écrire de France sur les dispositions de l’empereur à l’égard de la Prusse. D’autre part, on l’encourageait en Allemagne r an lui disait que le rôle de libérateur de la Germanie lui était réservé; on loi citait sans cesse Fexemple du grand Frédéric ; on ne parlait autour de lui que de la bataille de Rosbach.
Dans cette situation d’esprit, il commença à prendre des précautions; peu à peu , ces précautions devinrent des mesures menaçantes. Comme l’arrivée de chaque courrier de Paris augmentait
les alarmes, on eut recours à un armement, surtout lorsqu’on vit à Berlin , par les communications du roi d’Angleterre au parlement, qu’on lui avait offert la restitution du Hanovre. Au lieu de ne voir dans cette proposition qu’un acheminement à la paix , qui aurait été suivie d’une indemnité pour elle, la Prusse se crut jouée. Sa mauvaise étoile l’entraîna. Elle arma , et elle s’en imposa à elle-même sur les suites de ses arméniens.
Je reviens aux conférences. M. de Talleyrand les poussait avec activité; rien ne lui eût coûté pour faire conclure la paix avec l’Angleterre. Il disait , à qui voulait l’entendre , que , sans elle , tout était problème pour l’empereur ; qu’il n’y aurait qu’une suite de batailles heureuses qui le consoliderait , et que cela se réduisait à une série dont le premier terme était A , et dont le dernier pouvait être Y ou zéro. Il entrait en fureur quand il s’apercevait deà petites intrigues des ambitieux qui amenaient la* guerre, en parlant des armemens de la Prusse , qu’euxmèmes provoquaient tous les jours par leur jactance et leurs menaces. On faisait alors circuler avec affectation des lettres, vraies ou fausses, de Berlin , qui étaient remplies d’invectives contre les Français; on y disait que la cavalerie prussienne allait aiguiser ses sabres sous les fe-
nôtres de l'ambassadeur de France. La jeunesse de Berlin avait , en effet , jeté des pierres dans ses fenêtres ; il n’y avait pas d’outrages , d’allusion offensante qu’on ne lui prodiguât.
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