‹ Memoires du Duc de RovigoChapitre 41 sur 61 · XI · texte numérisé non relu

XI

Lettre du même au même.

Paris, le 22 mars 1804.

Le Moniteur ci-joint, dont j’ai l’honneur de vous faire passerun exemplaire, annonce aujourd’hui la sentence de mort par commission spéciale contre le malheureux duc d’Engliien , emmené mardi passé à Paris.

La sentence a été , à ce que Von a su hier matin, exécu tée au ch à tenu de Vi nceunes,la nuit du mardi au mercredi , à deux heures du matin.

L’exécution atroce du malheureux duc d’Enghien a produit une sensation difficile à rendre.

Tout Paris est consterné, la F rance le sera , l’Europe entière doit frémir.

Nous approchons de la crise la plus terrible-, Bonaparte ne con riait plus de frein à son ambition; rien ne lui est sacré, il sacrifiera tout à scs passions.

La noble réputation de S. A. S. E. exige que les cours connaissent qu’il n’a point partagé l’enlèvement du malheureux

Comment ! c’est le Moniteur qui vous l a appris ?

Quoi ! ces sources où vous puisiez des informations contre l’ambition et les violences du premier consul 11e vous avaient rien appris avant le Moniteur du 22 mars ?

Somme tout, dans cette affaire sur laquelle vous paraissez aujourd’hui vous élever avec autant de force, vous avez écrit deux lettres. La première , le 20, quand tout était fini à Ettcnheim, et la seconde, le 2 1 , quand tout l’était à Paris.

Et d’ailleurs cet hier matin était le 21 mars, jour où vous écriviez, à quatre heures du soir, à votre cour qu’on se demandait ce que l’on voulait faire du duc d’Engliien. L’heure du départ du courrier est ordinairement de quatre à six heures du soir, vous avouez donc que vous saviez tout dès le malin.

prince , et je crois qu’il ne peut se refuser d’instruire l’empereur de Russie des circonstances de cet événement. La voie qui compromettrait le moins serait celle de madame la margrave.

La mort du duc d’Enghiena été déterminée par trois raisons : i° le danger de le garder en France-, 3° le besoin d’imprimer la terreur dans tous les esprits ; 3° la crainte d’une intervention des cours.

Démarche sur laquelle MM. de Lucchesini , de Cobentzel et Oubrill se concertaient, voulanlfaire sentir l’offense qu’on ferait de nouveau à tous les souverains. Je ne puis vous rendre combienjesuisnatré de douleur, et combien mon esprit est alarmé de F 'avenir. Je regrette de me voir dans ce moment à Paris.

Il y en a bien peu parmi nous qui ne partagent ce Sentiment.

On parle d’une nouvelle conscription militaire, ce qui prouverait la crainte oti la volonté de la guerre continentale, que j’ai toujours crue immanquable.

Dalberg.

Qu’y avait-il à compromettre, puisque l’électeur était étranger à l’événement? Pourquoi employer des voies indirectes , et ne pas au contraire s’élever de toutes ses forces et par tous ses moyens contre celte violation de son territoire?

Il fallait donc faire agir le corps diplomatique avant la catastrophe, lorsque le iyvous avez connu 1 enlèvement. Comment ne lavez-vous pas fait avec les opinions que vous émettez sur le caractère personnel du premier consul?

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Dü DUC DE ROVIGO.

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