‹ Memoires du Duc de RovigoChapitre 42 sur 61 · XII · texte numérisé non relu

XII

Lettre du même au même.

Paris, le 27 mars

J’ai reçu hier au soir la dépêche n° 17 que V. E.

m’a fait l’honneur de m’adresser pour m’instruire de tout ce qui concerne l’arrestation faite dans nos pays. Dans une affaire d’une aussi haute importance , et qui produit si généralement la plus vive sensation , il importait sans doute de m’instruire de la vérité , et je vous offre ma reconnaissance de m’avoir fait passer sans retard ce qui pouvait l’éclairer.

Il m’aurait cependant paru désirable que S. A.

O. E. employât son ministre pour remettre une réponse contre des inculpations assez injustes, et qu’un courrier, par conséquent, m’eût apporté la lettre que V . E. répond à M. de Talleyrand, en me donnant l’ordre d’exposer verbalement tout ce qui

pouvait se dire dans cette occasion.

Les copies des autres informations que V. E.

me fait passer suffisent , en attendant, pour me prescrire ce que j’aià dire, et fixent l’opinion qu’il importe d’établir sur cette affaire.

J’avais déjà eu l’honneur de vous prévenir que, vu l’impossibilité de vous instruire de cette expédition (impossibilité assez; prouvée par les deux lettres de M. de Talley rand , qui lui-méme parut ignorer jusqu'au dernier moment la résolution prise ) j’attendais , pour vous en parler , que la chose fût éclaircie, et je ne voulais pas , par des renseignemcns qui pouvaient être faux ou des avis précipités , influer sur les résolutions qu’il a plu à S. A. S. E. de prendre.

L’exposé historique , tracé dans l’intention de constateras fin ts tels qu’ils se passèrent, remplit parfaitement son but , et prouve suffisamment que S. A. S. E. n’a été instruite du but de l’expédition militaire que ücnle-

Ccs deuxlettres doivent être curieuses, mais comment avez-vous osé dire qu’il avait paru ignorer tout jusqu’au dernier moment? Vous pensiez bien que cela était un mensonge dont vous aviez la preuve.

Voilà le mystère expliué : vous avez eu peur 'être trop informé , et par suite vous avez laissé aller les choses ; de cette manière, le duc d’Enghien ne pouvait pas échapper.

six heures après quelle avait été entreprise.

Si d’un côté il faut rendre justice et se convaincre combien il importait à la Fiance de connaître à fond ce qui se tramait contre son repos , l’illégalité des moyens employés

Îiour cet effet, et la vioence d’arrêter militairement, contre tous les usages et tous les droits , sur un territoire étranger, que S. A. S. E. fasse connaître aupuhliccomhien peu elle a pu connaître les machinations que la France môme ignorait malgré sa police et ses agens, et l’instruire que ce n’est pas de son consentement que des troupes étrangères se sont

Fortées sur les terres de empire.

Il importe donc d’exposer les circonstances qui accompagnèrent le séjour du duc d’Enghien, et la permission qui lui avait été tacitement accordée par droit d’hospitalité et au su de la France.

Il n’est pas moins infini—

Le décret du 16 de la cour de Baden , qui parle des arrestations de la veille, prouve donc quel le avait été avertie plus tôt que vous ne le dites.

Niaiseries quetouteela; tout avait été arrangé par les meneurs à Paris , et il n’est jamais entré dans la pensée de personne d’accuser l'électeur de Baden.

Mais il n’en est pas de même de celui qui devait l’avertir.

Plus on était mystérieux à Paris (et certes on ne l’étaitpas), plus vous aviez mauvaise opinion du caractère privé du premier consul , ainsi que vous le dites, moins vous deviez dormir, pnisquevous étiez la sentinelle avancée, sur la vigilance de laquelle tout reposait. Une seule démarche de vous aurait tout prévenu.

ment convenable , comme S. A. S. E. en a pris la résolution , de communiquer aux membres du college électoral tout ce qui concerne cette affaire ; je serais cependant d’avis de Je faire non verbalement, mais en communiquant à chacun l’exposé bis tori que avec les copies y annexées.

Pour remplir ici les intentions de la cour, je ne puis, dans la position inbniment difficile et délicate où je me trouve, faire autre chose que d’exposer simplement aux ministres des cours avec lesquelles nous sommes plus particulièrement en relation les circonstances telles qu’elles se sont passées.

Je l’ai fait à 1 égard des légations de Russie , de Suède , de Prusse et d’Autriclie , et elles sont de l'avis que , comme cette affaire avait passé directement à Carlsruhe , sans qu’on m’en ait parlé , je devais ne faire aucune démarche , à moins que je n’en reçusse l’ordre positif.

Je n’en trouve point dans la dépêche de V. E.

Je suis donc décidé à ne

parler de rien , à moins

Sue l’on ne me provoque.

est facile de se convaincre qu’on ne fera pas la moindre démarche vis-àvis de moi , et que je ne serai , par conséquent , pas àmèmed’en parler et d’appuyer sur touteequn V. E. a exposé dans sa lettre.

Comme les jugemens et les opinions du public sont très-précipités dans ce pays-ci , il est naturel que beaucoup de personnes viennent me questionner pour rectifier des faits qu’impunément chacun avance selon qu’il est animé par des sentimens souvent très opposés.

Les feuilles publiques s’efforcent de faire croire que l’arrestation , telle qu’elle s’est fai te, s’estexécutcc du consentement de l’électeur ; je me borne, à cet égard , à dire tout simplement que j’étais autorisé à le contredire, et qu’en effet S. A.-S.E. n’en avait été instruite officiellement que trente-six heures après l’enlèvement.

-tu * -i

Agréez, etc.

Dalbehg.

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