XIV
A M. le baron de Berstett , ministre des affaires étrangères à Carlsruhe.
Hernisheim, le 12 novembre 1823.
Je viens d’avoir con- Je me respecte trop pour
naissance du libelle Scan- rendre à M. deDalberg indaleux et des inculpations jure pour injure, odieuses que M. de Rovigo publie dans sa brochure sur l’assassinat de monseigneur le duc d’Engbien.
Il y a vingt ans que ce II faut prouver par de grand crime a été commis; bons raisonnemens que je me trouvais alors à Pa- l’on a droit. Peu importe ris, en qualité de ministre la date de cet événement ; envoyé de S. A. S. l’élec- un crime n’atteint jamais teuç de Baden; V. E. doit la prescription , et d’ailcroire combien je suis ré- leurs celui-ci appartient vol té d’ètre désigné, même à l’histoire; or, celle-ci ne obscurément, dans un tel s’écrit que sur des matéécrit. riaux et des faits , mais
Macorrespondanceavec non sur des injures, la cour et avec M. le baron d’Edelsheim font foi des démarches qu’on m’avait prescrites dans cette triste occurrence, et combien j'étais éloigné de faire des rapports officieux qui auraient pu compromettre la sûreté
du pays et celle des personnes qui y résidaient.
Mes dépêches déposent encore combien peu j’ai voulu consentir à ce que cet attentat ne frappât pas l’opinion publique, comme il devait le faire.
Je n’avais de relations avec le ministère français que celles que le devoir de ma position me prescrivait.
J ai fixé mon existence Vains prétextes quevous en b rance, lorsque la des- donnez là ; on en trouvera .traction totale de nos for- la véritable cause dans le mes politiques en Allema- cours de ces mémoires , et gne et nos rapports, que cela d’après vous-même, j’ai défendus jusqu’au der- U y avait dans les élecnier moment , furent mal- torats de Trêves et de Cobeureusement consom- logne, et en Belgique, niés; que la fille de 1 em- .bien d’autres individus qui pcrcurd Autricbcétaitar- étaient dans le même cas j'ivée en France, quune que vous; et, en se souloi française interdisait à mettant aux lois de la néccux nés dans les dépar- cessité, nous ne les avons tenions réunis de rester à pas vus devenir en un clin un service étranger. Né à d’œil conseiller d’Etat, sé- Mayence, ma fortune était nateur , duc, doté de 4 milp tuée dans les départe- lions, ni leurs épouses admens réunis ; elle avait été mises à l’intimité de celle * frappée précédemment de du souverain.
^ept années de séquestre. Depuis long-temps, il qt avait subi 1 effet dune n’y avait plus de séquestre partie des lois sur 1 émi- sur vos biens, et d’ ailleurs gration. la preuve qne ce n’était
pas là une raison, c’est que depuis 1812 ces mêmes biens se retrouvent en
Allemagne, protégés paf le retour des formes que vous dites avoir défendues jusqu’à la fini
La fille de l’empereur d’Allemagne n’est plus à Paris pour motiver votre séjour en France, et non seulement vous ne retournez pas en Allemagne , mais vous vous faites remarquer parmi ceux qui achèvent la destruction des vieilles formes germaniques, et pour travailler avec plus de sûreté, vous vous ôtes mis à couvert par un acte de 'naturalisation du roi de France 5 avant cela vous étiez donc • redevenu Allemand par le même principe qui 'vous avait fait Français : pourquoi ne l’êtes -vous pas resté, si l’opinion de vos compatriotes ne vous avai t ■ pas averti de la réception qui vous attendait ?
J’ai conservé les minu- Le besoin d’in tri gu 3 tes de ma correspondance vous a retenu en France, officielle, mais je ne vou- et vous verrez dans le cours drais imprimer , si cela de ces mémoires tout co devenait nécessaire , que que vous y avez fait ; vous ce qui a rapport au fait, et avez beau aujourd’hui soumettre à V; E. les mi- plaider la cause des Grecs, nutes qu’on doit publier, vous n’abuserez personne. Je m’adresse donc à vous,
M. le baron , avec con-
fiance, et je vous prie de parcourir la série numérotée de mes lettres de 1804. La dignité de la cour de Bade n’exigeraittllc peut-être pas quelle exprimât, par un simple article de journal et sans signature, qu’on regardait comme calomnieuses et sans fondement les perfides insinuations que AI. de Bovigo se permet contre un ministre de la maison de Bade , maintenu dans sen poste après cet attentat? Je puis encore espérer de la justice et des boutés de S. A. R. monseigneur le grand-duc , qu’elle voudra le faire connaître officiellement à Paris.
Vous êtes , M. le baron , trop homme du monde et trop homme d’aflàires pour ne pas sentir que je dois me servir des preuves et des documens qui sont à ma disposition pour confondre d’aussi grandes infamies, etquc j’ai un droit acquis à éclairer ma conduite à celte funeste époque.
Vous rendrez donc, j’en suis sûr , justice à ma démarche. J'attends la ré-
Pour un homme d’esprit et de finesse , voilà une singulière ouverture.
Ainsi, si la cour de Baden y avait obtempéré, cela aurait été à votre demande par intérêt pour vous, autant et plus sans doute que par considération pour sa propre dignité, que je n’ai pas blessée, parce que dans un personnage diplomatique il y a deux individus bien distincts dont on n’a jamais confondu les deux caractères.
Or, c’est de l’individu privé dont il est ici question: mais après tout, que me ferait la déclaration que vous avez demandée?
Changerai l-clfe quelque chose aux faits ?
Si votre cour les prend sur son compte , cela pourra vous être bon à quelque chose ; mais en quoi cela peut-il altérer la vérité des argumens que je vous oppose?
Est-ce en désespoir de cause que vous avez eu recours à ce moyen ? Vous n’êtes point fondé à vous plaindre de mon attaque;
ponse deV. E. avec la cou- vous proclamez vous-mêfiance que m’inspire votre me votre trahison envers ancienne amitié pour moi, celui qui ne fut que votre et je la prie d’agréer l’as- bienfaiteur et celui de; surauce de ma haute con- toute votre famillei Vous’ sidération et de mes sen- outragez sa cendre après' timens dévoués. avoir trouvé honneurs,’
Dalberg. fortune et considération
sous les rameaux de sa gloire. Vous vous êtes fait le pilote des intrigues étrangères , pour détruire un trophée qui vous protégeait.
Moi , je défends la mémoire de celui-là même' que vous offensez lorsqu’il n’est plus ; j’acquitte le mandat de la reconnaissance; et, en le faisant, je ne m’atteuds même à’ aucune justice de la part de ceux qui cherchent à* mettre l’opinion sous le joug de leur haine personnelle. Mais ce n’est pais’ pour eux que j’écris: d’autres me liront avec plus" d’équité; le jour de l'a justi ce pourra bien tarder," mais il arrivera.
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