‹ Memoires du Duc de RovigoChapitre 45 sur 61 · XV · texte numérisé non relu

XV

À M. le prince de Talleyrand, château de Herrnsheim, près Worms. le i3 novembre 1823.

Mon prince ,

M. de Rovigo attend donc de bien grandes faveurs pour avoi r lancé dans le monde un aussi infâme libelle. Je le reçois ici , à cent cinquante lieues de Paris. Il me désigne dans une note ; elle renferme autant de faussetés que de phrases. J’ai les minutes de ma correspondance officielle avec la cour de Baden-, elles suffiraient pour confondre d’aussi absurdes et d’aussi perfides insinuations , faites pour plaire je 11e sais à qui. Je dois attendre de vous, mon

F rince, la déclaration qu’à époque de ce drame je me tenais très -éloigné , comme je le devais, du ministère français ; mes rapports plus particuliers avec vousj et dont je m’honore, datent de la Pologne, où nous fîmes de communs efforts avec M. le baron de

Quoique j’aie déjà expliqué la part que M. de Dalberg a eue à cet événement, je crois devoir quelques réponses aux injures que contient sa correspondance.

Je n'avais aucun projet d’ambition ou de fortune , eu cherchant à faire éclore une vérité historique de dessous les ténèbres dont des iutrigans l’av aient couverte.

Depuis long-temps des avis particuliers avaient fortifié mes soupçons contre M. de Dalberg, et sa correspondance officielle est venue les justifier. Je dois donc me féliciter d’en avoir provoqué la publication.

Les lecteurs jugeront si les remarques que j’y fais sont justes, et eux seuls sont compétens pour pro- noncer.

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Vincent, pour empêcher ue la guerre de 1807 ne évastàt une plus grande partie du monde.

La résistance que l’Europcopposaità Bonaparte, lorsqu’il voulut monter sur le trône de France , avait ranimé les espérances de l’émigration.

Le procès de Pichegru, de MM. de Polignac et de Rivière s’instruisait à Paris •, j’y arrivais comme ministre envoyé de l’électeur de Baden; j’eus ordre de m’informer s’il existait une plainte contre les émigrés qui habitaient l’électorat, et si leur séjour avait des inconvéniens. Vous me répondîtes que vous ne pensiez pas que le gouvernement de Baden dût être plus sévère que n’était le gouvernement français , que vous ne connaissiez aucune plainte à leur égard, et qu’il fallait les laisser tran quilles. Je transmis cette réponse à l’électeur.

L’enlèvement eut lieu sur les faux rapports de la

Quant à l’opinion manifestée ici par M. de Dalberg sur mon compte, je ne puis pas raisonnablement m’attendre à ce qu’il me traite avec plus de déférence qu’il ne l’a fait envers son bienfaiteur.

Vous étiez ministre germanique? pourquoi avezvous contribué à empêcher l’Allemagne d’avoir une chance de plus?

Vous étiez donc déjà autant officieux qu’oiïtcicl , et il n’y avait pas deux ans que le duc d’Enghien était mort.

Quand vous avez vu son territoire violé, vous n’a-

police secrète de Bonaparte. Ici , M. de Bo,vigo dit vrai. On m’a assuré que les agens de cette police commirent alors la méprise de désigner un M. de Tliumery, attaché à monseigneur le duc d’Enghicn , comme étant le général Dumouriez , venu d’Angleterre à Eltenhei m .

Cette fausse information doit avoir ajouté aux alarmes du'preinier consul 5 il craignait qu’un mouvement immédiat ne s’organisât sur la frontière.

Je sais que le roi de Suède , qui se trouvait alors à Carlsrulie, et l’électeur , firent avertir le prince qu’il pouvait courir des dangers, et qu’il devait s’éloigner; il larda, et fut la malheureuse victime de sa sécurité.

Après cet événement , et lorsque la Russie se prononça à Ratisbonne sur cette violation d’un territoire étranger, on désira que l’électeur voulût se prêter à des explications officieuses : la cour de Berlin , désirant éloigner la

ir.

vez pu douter qu’on vous avait trompé ; alors vous étiez fondé à éclater ouvertement ; mais loin de là , votre prince a épousé une princesse de la famille de l’empereur Napoléon, et vous êtes devenu l’homme de sa politique.

Voilà le seul avis que le duc d’Enghien ait reçu, et non pas celui donné par un prétendu courrier de M. de Talleyrand et dont on n’a parlé que depuis la restauration.

Si, comme je l’ai déjà dit, leducd’Engliîen avait reçu un avis de Paris , il n’aurait ni tardé ni hésité à s’éloigner.

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guerre, en fit un objet de négociation à Paris. Vous devez vous rappeler, mon prince, la résistance que j’opposai à M. de Lucchesiui, pour que l’électeur n’accédât à rien qui pût compromettre sa dignité morale et la liante opinion que l’on avait de sa loyauté et de ses vertus. Ma correspondance renferme ces détails. Dans les temps où nous vivons , et où on exalte de nouveau toutes les passions, on doit, mon prince , éclairer la part qu’on a prise aux affaires publiques, lorsqu’on est calomnié.

Il est connu que sous votre ministère vous n’avez cessé de modérer les passions violentes de Bonaparte; vous désiriez que les longs malheurs de l’Europe finissent avec lui et par lui ; mais telle n’a pas été la volonté du destin ; votre nom se rattache à un grand événement , et je me féliciterai toujours de la faible part que j’y ai eue. La funeste catastrophe sur laquelle on a de nouveau attiré l’attention , a été suffisamment connue avant le temps ,

Cette part n’est pas douteuse ; mais avec de tels sentimens, commentavezvouspu, moins d’un an auparavant, avoir mis votre nom au bas de la délibération de la section du conseil d’Etat dont vous fai-

pour pouvoir être attri- siez partie alors, et qui • buée à qui elle appartient, condamnait le respectable Bonaparte seul , mal in- M. Frochot (préfet de la formé par ce que la police Seine), pour ne pas s’être avait de plus vil, etn écou- opposé avec assez de force tant que sa fureur, se porta à l’entreprise de Mallet, le à cet excès sans consulter ; ad octobre 1812? il fit enlever le prince avec II me semble que cette l’intention de le tuer! Il sentence, signée par vous, est déplorable de devoir est devenue la vôtre 5 il ne de nouveau s’occuper de faut qu’attendre le jour de faits qui déshonorent au- la justice. Ce ne sont pas, tant cette pauvre huma- comme vous le dites, les nité. agens de police qui ont

Si vous me faites l’hon- trompé l’empereur, puis* neurdeme répondre, mon qu’elle ne s’est pas mêlée prince , veuillez envoyer de cette affaire, votre lettre à mon hôtel , Non, Monsieur, l’emd’où elle me sera trans- pereur n’a point fait enlemise, et agréez l'hommage ver ce prince avec l’intenrespectueux et dévoué que tion de le tuer ; si toutefois je vous offre. c’était votre opinion, vous

seriez mille fois coupable Dalberg. de n’en avoir pas prévenu votre cour lorsqu’il en était temps encore, comme on le voit par votre cor* respondance elle-même.

Mais soit que vous fus* siez coupable ou que vous n’ayez été que trompé, que n’est-on pas autorisé à penser en vous voyant moins de deux ans après dans les intimités de la politique de celui que vous outragez si ingratement?

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