‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 2)Chapitre 113 sur 352 · CAVOYE · texte numérisé non relu

CAVOYE

En partant, je crus devoir tout faire pour me conserver dan^ les mesures où je m'étois mis avec M. de Luxembourg. J'écrivis donc dans cet esprit une lettre ostensible à Cavoye, où je mis tout ce qui convenoit à la différence d'âge et d'emplois, sur la peine que j'avois de la nécessité où je m'étois trouvé sur cette signification de lettres d'État. Cavoye étoit le seul des amis les plus particuliers de M. de Luxembourg qui eût été fort de la connoissance de mon père. Sans esprit, mais avec une belle figure, un grand usage du monde, et mis à la cour par une maîtresse intrigante de mère, qui y avoit, dans son médiocre état, beaucoup d'amis, il s'en étoit fait de considérables, mis trèsbien auprès du Roi, et sur un pied de considération à se faire compter fort au-dessus de son état de gentilhomme très-simple, et de grand maréchal des logis de la maison du Roi. 11 est aisé de comprendre avec combien de dépit M. de Luxembourg vit tous ses projets déconcertés par ces lettres d'État. Il courut au "Roi en faire ses plaintes, et n'épargna aucun de nous dans celles qu'il fit au public. Les lettres d'État furent cassées au premier conseil de dépêches, comme nous nous y étions bien attendus ; mais, comme ces Messieurs me l'avoient promis, elles ne le furent qu'à l'égard de cette seule aff'aire. M. de Luxembourg en triompha, et compta qu'avec ce vernis de plus, son procès alloit finir tout court à son avantage. Il employa tout le lendemain de ce succès à le remettre sur le bureau au même point d'où il avoit été suspendu ; il remua tous ses amis et vit tous ses juges. En efi'et, aussi bien secondé qu'il l'étoit parmi eux, tout fut en état de le juger le lendemain, lorsque, rentrant chez lui bien tard et bien las de tant de courses, il y trouva la signification de M. de Richelieu entre les mains de'son suisse, que son intendant à peine osa lui dire avoir aussi été faite à son procureur.

Ce coup porté, les opposants m'envoyèrent mon congé à Loignes, où mon exil n'avoit duré que six jours; Je trouvai tout en feu: M. de Luxembourg avoit perdu toute mesure, et les ducs qu'il attaquoit n'en gardoient plus avec

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