‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 2)Chapitre 153 sur 352 · M"''' DE NEMOURS · texte numérisé non relu

M"''' DE NEMOURS

immense. Dès lors elle le fit appeler le prince de Neuchâtel, et chercha à Tappuyer d'un grand mariage. M"* de Luxembourg n'étoit rien moins que belle, que jeune, que spirituelle; elle ne vouioit point être religieuse, et on ne lui vouloit rien donner. La duchesse de Meckelbourg dénicha ce nouveau parti. Son orgueil ne rougit point d'y penser, ni celui de M. de Luxembourg, son frère, à qui elle en écrivit; mais il palpita assez pour oser se proposer un ran{( en considération de ce mariage, sous prétexte de la souveraineté de Neuchâtel, donnée à ce bâtard, qui en portoit déjà. le nom. M. de Luxembourg, qui en partant avoit obtenu une grande grâce, qui étoit encore secrète, et dont je parlerai bientôt, n'osa proposer celle-ci, et en laissa la conduite à l'adresse de sa sœur; et pour éviter tout embarras entre le demander et ne le demander point, il ne parla point au Roi de ce mariage par aucune de ses lettres. Il avoit déjà transpiré avec l'idée du rang, lorsque M°" de Meckelbourg alla demander au Roi la permission d'entendre à ce mariage. Au premier mot qu'elle en dit, le Roi l'intcrronipit, et lui dit que M. de Luxembourg ne lui en avoit rien mandé, qu'il n'empôcheroit point qu'elle ne fit làdessus ce que son frère et elle jugeroient à propos, mais qu'au moins il comptoit bien qu'ils n'imagineroient pas de lui demander un rang pour le chevalier de Soissons sous aucun prétexte, à qui il n'en accorderoit jamais, et barra ainsi cette belle chimère. Le mariage ne s'en fit pas moins, et il fut célébré au plus petit bruit à l'hôtel de Soissons, dès que M. de Luxembourg fut arrivé. M'"" de Nemours y logea les mariés, et les combla d'argent, de présents et de revenus, en attendant sa succession, et se prit de la plus parfaite affection pour le mari et pour la femme, qui se renfermèrent auprès d'elle et ne virent d'autre monde que le sien.

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