‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 2)Chapitre 154 sur 352 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

1tî95. —Mort de M. de Luxembourg.— Maréchal de Villeroy capitaine de gardes et général do* l'armée de Flandres. — Opposition h la ré-

ception au Parlement du due de Montmorency, qui prend le nom de duc de Luxembourg.— Qualité de premier baron de France, fausse et insidieuse, que les opposants ont fait rayer au maréchal-duc de Luxembourg. — M. d'Elbœuf. — Roquelaure insulté par MM. de Vendôme.

— Mort de la princesse d'Orange, dont le Roi défend le deuil aux parents. — Catastrophe de Kônigsmarck et de la duchesse d'Hanovre.

— Échange forcé des gouvernements de Guyenne et de Bretagne. — M. d'Elbœuf à l'adoration de la croix après MM. de Vendôme. — Origine de mon amitié particulière avec la duchesse de Bracciano, «lepuis dite princesse des llrsins. — Phélypeaux fils et survivancier de Pontchailrain ; origine de ma liaison avec lui. — Maréchal et maréchale de Lorges. — Famille du maréchal de Lorges; mon mariage. — Trahison inutile de Phélypeaux. — Mariage de ma bellesœur avec le duc de Lauzun. — Mort de la marquise de Saint-Simon et de sa nièce la dubhesse d'Uzès, de la Fontaine, de Mignard, de Rârbançon. — Échange de Meudon et de Ghoisy avec un grand retour.

M. de Luxembourg ne survécut pas longtemps à ce beau iiiariage. A soixante-sept ans il s'en croyoit vingt-cinq, et vivoit comme un homme qui n'en a pas davantage. Au défaut de bonnes fortunes, dont son âge et sa figure rexcluoient, il y suppléoit par de l'argent; et l'intimité de son fils et de lui, de M. le prince de Gonti et d'Albergotti, portoit presque toute sur des mœurs communes et des parties secrètes qu'ils faisoient ensemble avec des filles. Tout le faix des marches, des ordres, des subsistances portoit, toutes les campagnes, sur Puységur, qui mêftie dégrossissoit les projets. Rien de plus juste que le couj) d'œil de M. de Luxembourg, rien de plus brillant, de plus avisé, de plus prévoyant que lui devant les ennemis ou un jour de bataille, avec une audace, une flatterie, et en même temps un sang-froid ^ qui lui laissoit tout voir et tout prévoir au milieu du plus grand feu et du danger du succès le plus imminent; et c'étoit là où il étoit grand. Pour le reste, la paresse même.l^eu de promenades sans grande nécessité, du jeu, de la conversation avec ses familiers, ef tous les soirs un souper avec un très-petit nombre, presque toujours le môme, et si on étoit voisin de quelque ville, on ayoit soin que le sexe y fût agréablement mêlé. ^VJors il étoit inaccessible à tout, et s'il arrivoit quelque

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