‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 2)Chapitre 16 sur 352 · NOTICE. XXI · texte numérisé non relu

NOTICE. XXI

toit à la table du Roi, devant le prince des Deux-Ponts, Je dis tout haut : « D'où vient que M. le duc de Saint-Simon presse tant € le prince des Deux-Ponts? A.-t-il envie de le prier de prendre € un de ses fils pour page? > Tout le monde se mit si fort à rire quUl fallut qu'il s'en allât. »

Si un jour il se publie des Mémoires sur la Régence^ si les Mémoires politiques du duc d'Antin, et d'autres encore qui doivent être dans les archives de PÉtat^ paraissent, il y sera certainement fort question de Saint Simon.

Saint-Simon, à qui ne le voyait qu'en passant et à la rencontre dans ce grand monde, devait faire l'effet, je me l'imagine aisément, d'un personnage remuant, pressé, mystérieux, échauffé, affairé, toujours dans les confidences et les tête à tête, quelquefois très-amusant dans ses veines et charmant à de certaines heures, et à d'autres heures assez intempestif et incommode. Le maréchal de Belle-Isle le comparait vieux, pour sa conversation, au plus intéressant et au plus agréable des dictionnaires. Après sa retraite de la cour, il venait quelquefois à Paris, et allait en visite chez la duchesse de la Vallière ou la duchesse de Mancini (toutes deux Noailles) : là, on raconte que. par une liberté de vieillard et de grand seigneur devenu campagnard, et pour se mettre plus à l'aise, il posait sa perruque sur un fauteuil, et sa tête fumait,— On se figure bien en effet cette tête à vue d'œil fumante, que tant de passions échauffaient.

Les Mémoires imprimés du marquis d'Argenson contiennent (page 178) un jugement défavorable sur Saint-Simon. Ce jugement a été arrangé et modifié à plaisir, comme tout le style en général dans ces éditions de d'Argenson; je veux donner ici le vrai texte du passage, tel qu'il se lit dans le manuscrit. Si injurieux qu'en soient les termes pour Saint-Simon, ce n'est pas tant à lui que ce jugement fera tort qu'à celui qui s'y est abandonné ; et d'aUleurs on peut, jusqu'à un certain point, en contrôler l'exactitude, et oela en vaut la peine, avant que quelqu'un s'en ^ empare, ce qui aurait lieu au premier jour; on ne manquerait pas de crier à la découverte et de s'en faire une arme contre Saint-Simon.

« Le duc de Saint Simon, écrivait d'Argenson à la date de 1722, est de nos ennemis parce qu'il a voulu grand mal à mon père, le taxant d'ingratitude, et voici quel en a été le lieu. Il prétend qu'il a plus contribué que personne à mettre mon père en place de ministre et que mon père ne lui a pas tenu les choses qu'il lui avoit promises comme pot-de-vln du marché; or quelles étoient ces choses? Ce petit houdrillon vouloit qu'on fit le procès à M. le duc du Maine, qu'on lui fit couper la tête, et le duc de Saint-

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