‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 2)Chapitre 186 sur 352 · REDDITION DE NAMUR · texte numérisé non relu

REDDITION DE NAMUR

que le personnel lui rendit infiniment plus sensible, plus il sut de gré au maréchal de Villeroy, et plus encore M"* de Maintenon augmenta d^amitié pour lui. Sa faveur devint depuis éclatante, la jalousie de tout ce qui étoit le mieux traité du Roi, et la crainte même des ministres.

Le fruit amer de cet événement en Flandres fut la prise de la ville de Namur, qui capitula le 4 août, après '

jours de tpanchée ouverte.

Le prince d'Orange, pour éviter les difficultés de ce que le Roi ne le reconnoissoit point, ne parut en rien, ni par conséquent le maréchal de Boufflers ; et tout se passa sous leur direction, et à peu près comme ce .dernier le demanda, entre Télecteur de Bavière et Guiscard, qui signèrent. Maulevrier, fils aîné du lieutenant général, mort chevalier de Tordre, Vieuxbourg, gendre de Harlay, conseiller d'État, qui rétoit de Boucherat chancelier de France, et Morstein, tous trois colonels d'infanterie, et de grande espérance, y furent tués. Ce dernier ,étoit fils du grand trésorier de Pologne, qui avoit autrefois été ambassadeur ici. Il s'étoit fort enrichi, et avoit excité l'envie de ses compatriotes. La peur qu'il eut d'être poussé le fit retirer en France avec sa femme, ce fils unique, et quantité de richesses. Elles séduisirent le duc de Ghevreuse, qui n'avoit rien a donner à ses filles: il en donna une au jeune Morstein, dont le morfde fut assez surpris. Par l'événement, il avoit bien fait : ce jeune homme, s'il eût vécu, eût été un grand sujet en tous genres. Je le regrettai fort, et Maulevrier, qui étoient fort de mes amis. Nous n'avons guère perdu que douze cents hommes; tout ce qui étoit sain se retira au château.

Montai cependant avoit pris Dixmude et Deinse, et, par ordre du Roi, en avmt retenu les garnisons : c'est-à-dire que, s'étant rendues prisonnières de guerre, on n'avoit pas voulu les échanger. Le maréchal de Villeroy bombarda aussi Bruxelles, qui fut fort maltraité , en représailles de nos côtes ; ensuite il eut ordre de tenter tout pour le se-

1. Il y a ici, au manuscrit, un blanc, destiné sans doute à être rempli plus tard.

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cours de Namur; mais Toccasion, qui est chauve, ne revient plus. Il trouva les ennemis si bien retranchés sur la Mehaigne, qu'il ne put les attaquer. Il la longea, et, chemin faisant, il la fit passer aux brigades de cavalerie de Praslin et de Sousternon, quMl lâcha sur une quarantaine d'escadrons des ennemis dont ces brigades se trouvèrent le plus à portée, et qui les poussèrent fort vivement : Praslin s'y distingua fort, et Villequier y eut une main estropiée ; cette blessure lui fit moins d'honneur sur les lieux qu'à la cour, mais tout cela ne fut qu'une échauflfourée ; le secours demeura impossible : l'armée s'éloigna; et le château, après avoir pensé être emporté aux deux derniers assauts, capitula, pour sortir le 5 septembre, n'y ayant pas trois mille hommes en santé de toute la garnison.

La capitulation fut honorable, traitée et signée comme celle de la ville. La difficulté fut pour la sortie du maréchal de Boufflers : il en faisoit une grande, avec raison, de saluer l'électeur de Bavière de Tépée, et n'en auroit pu faire au prince d'Orange s'il avoit été reconnu. Enfin il fallut s'y résoudre, parce que ce dernier voulut au moins rendre le salut équivoque. Pour cela, l'électeur se tint toujours à son côté, et n'ôtoit son chapeau qu'après que le prince d'Orange avoit ôté le sien, qui, par cette affectation, marquoit qu'il recevoit le salut, et que l'électeur ne se dé- <:ouvroit ensuite que parce que lui-même étoit découvert. Cela se passa donc de la sorte à l'égard du maréchal, puis de Guiscard, sans mettre pied à terre, et de tout ce qui les suivit. Les compliments se passèrent entre l'électeur et eux; et le prince d'Orange ne s'y mêla point, parce qu'il n'auroit point eu de Sire ni de Majesté; mais l'électeur lui rapportoit tout, ne lui parloit jamais que le chapeau à la main; le prince d'Orange se contentoit de se découvrir quelquefois seulement, et peu , pour lui parler ou pour lui répondre, et le plus souvent sans se découvrir.

Un quart d'heure après que le maréchal de Boufflers eut passé devant eux, et qu'il suivoit son chemin entretenu par des officiers ennemis des plus principaux, il fut arrêté

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