‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 2)Chapitre 195 sur 352 · NOAILLES ARCHEVÊQUE DE PARIS · texte numérisé non relu

NOAILLES ARCHEVÊQUE DE PARIS

louoit son assiduité en son diocèse^ mais il étoit peiné quand il le quittoit, et encore quand il demeuroit trop longtemps de suite à Orléans. La modestie et la simplicité avec laquelle Monsieur d'Orléans soutint sa nomination, et l'uniformité de sa vie, de sa conduite et de tout ce qu'il faisoit auparavant, qu'il continua également depuis, augmenta fort encore l'estime universelle.

L'archevêché de Paris ne fut guère plus long à être déterminé, et devint le fruit du sage sacrifice du duc de Noailles du commandement de son armée à M. de Vendôme, et le sceau de son parfait retour dans la faveur. Son frère avoit été sacré évêque de Cahors en ,1680, et avoit passé six mois après à Ghâlons-sur-Marne. Cette translation lui donna du scrupule : il la refusa, et ne s'y soumit que par un ordre exprès de Innocent XL II y porta son innocence baptismale, et y garda une résidence exacte, uniquement appliqué aux visites, au gouvernement de son diocèse et à toutes sortes de bonnes œuvres. Sa mère, qui avoit passé sa vie à la cour, dame d'atour de la Reine mère, s étoit retirée auprès de lui depuis bien des années; elle y étoit sous sa conduite, et se confessoit à lui tous les soirs, uniquement occupée de son salut dans la plus parfaite solitude. Ce fut sur ce prélat que le choix du Roi tomba pour Paris. Il le craignit de loin, et se hâta de joindre son approbation à celle de tant d'autres évoques au livre des Réflexions morales du P. Quesnel, pour s'en donner l'exclusion certaine par les jésuites. Mais il arriva, peutêtre pour la première fois, que le P. de la Chaise ne fut point consulté ; M"* de Main tenon osa, peut-être aussi pour la première fois, en faire son affaire. Elle montra au Roi des lettres pressantes de MM. Thiberge et Brisacier, supérieurs des Missions étrangères, que, pour contrecarrer les jésuites, dont le crédit la gênoit, elle avoit mis à la mode auprès du Roi. Il lui importoit que l'archevêque de Paris ne fût point à eux, pour qu'il fût à elle; M. de Noailles lui étoit un bon garant : en un mot elle l'emporta, et Monsieur de Châlons fut nommé à son insu et à Finsu du

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P. de la Chaise. Le camouflet étoit violent ; aussi les jésuites ne l'ont-ils jamais pardonné à ce prélat. 11 étoit pourtant si éloigné d'y avoir part que , malgré les mesures qu'il avoit prises pour s'en éloigner, lorsqu'il se vit nommé, il ne put se résoudre à accepter, et qu'il ne baissa la tête sous ce qu'il jugeoit être un joug très-pesant qu'à force d'ordres réitérés, auxquels enfin il ne put résister. Il avoit été quinze ans à Châlons, et il avoit la domerie * d'Aubrac, abbaye sous un titre particulier, mais qui n'est qu'un simple nom, dont il se démit en arrivant à Paris. Le Roi, si content du duc de Noailles, et M"* de Maintenon, toute à lui, voulut que la ffrâce fût entière : la domerie fut donnée à l'abbé de Noailles, et l'évêché de Châlons en même temps. C'étoit le plus jeune des frères de M. de Noailles et de Monsieur de Châlons, qui avoit au' moins quinze ou dix-huit ans moins qu'eux.

Peu après mon retour, j'allai me réjouir avec Monsieur de la trappe de la solidité que le Roi venoit de donner à son ouvrage. C'étoit une abbaye commendataire d'onze ou douze mille livres de rente tout au plus en tout, et la moindre de celles dont il s'étoit [démis] en se retirant, sans penser encore à s'y faire moine, et beaucoup moins à y rétablir la vie ancienne de saint Bernard dans toute son austérité. Un commendataire qui lui auroit succédé n'auroitpas laissé de quoi vivre à ce grand' nombre de pénitents qu'il y avoit rassemblés, et la régularité en auroit été fort hasardée. 11 le représenta donc au Roi par une lettre, et son désir de se voir un successeur régulier. Le Roi nonseulement le lui accorda, mais lui permit de le choisir, et lui promit qu'il n'y auroit point de commendataire tant que la régularité subsisteroit telle qu'il l'avoit établie ; et le Pape y voulut bien entrer, pour que cette grâce ne pût préjudicier à la nomination d'un commendataire, quand il plairoit au Roi, même après trois ou un plus grand nombre de réguliers, parce que, sans cette précaution, trois abbés réguliers de suite remettent de droit l'abbaye en

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