S2 MORT DE L'ÉVÊQUE DE LANGUES
règle. Monsieur de la Trappe nomma le prieur de sa maison, qui étoit un des plus saints et des plus capables, mais qui ne vécut pas longtemps. Il se démit, et parut encore plus grand en cet état qu'il n'avoit fait dans la réforme et le gouvernement de cet admirable monastère.
Avant de quitter les saints, la mort de M. Nicole, qui arriva à Paris vers la fin de cette année, mérite de n'être pas oubliée. Cet homme illustre est si connu par toute la suite de sa vie, par ses talents et par sa piété sage et éminente, que je ne m'y arrêterai pas f il a laissé des ouvrages d'une instruction infinie, et qui développent le cœur humain avec une lumière qui apprend aux hommes à se connoître, et toute tournée à l'édification et à la parfaite conviction.
Monsieur de Langres mourut presque en même temps. Il étoit Simiane, fils et frère .de MM. de Cordes, tous deux chevaliers de l'ordre et premiers capitaines des gardes du corps. Le dernier vendit sa charge à M. de Chandenier, et fut depuis chevalier d'honneur de la Reine. Le père, mort en 1642, faisoit souvent arrêter le carrosse de Louis XIII ; il lui disoit : « Sire, vous ne voulez ^as qu'on crève, faites donc arrêter, s'il vous plaît ; » et il descendoit pour pisser. Le Roi rioit, et le considéroit. Mon père, qui l'a vu arriver cent fois, me l'a conté. L'autre mourut en 1680; c'est le père de M"" de#Rhodes. Monsieur de Langres fut donc élevé à la cour, et de très-bonne heure premier aumônier de la Reine. C'étoit un vrai gentilhomme, et le meilleur homme du monde, que tout le monde aimoit, répandu dans le plus grand monde et avec le plus distingué. On l'appeloit volontiers le bon Langres. Il n'avoit rien de mauvais, même pour les mœurs; mais il n'étoit pas fait'pour être évêque : il jouoit à toutes sortes de jeux, et le plus gros jeu du monde. M. de Vendôme, Monsieur le Grand, et quelques autres de cette volée, lui attrapèrent gros deux ou trois fois au billard. Il ne dit mot, et s'en alla à Langres, où il se mit à étudier les adresses du billard, et s'enfermoit bien pour cela, de peur qu'on le sût. De retour à
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Paris, voilà ces Messieurs à le presser de jouer au billard, et lui à s'en défendre, comme un homme déjà battu et qui, depuis six mois de séjour à Langres, n'a vu que des chanoines et des curés. Quand il se fut bien fait importuner, il céda enfin. Il joua d'abord médiocrement, puis mieux, et fit grossir la partie; enfin il les gagna tout de suite, puis se moqua d'eux après avoir regagné beaucoup plus qu'il h'avoit perdu. Il avoit un grand désir de l'ordrg, et de toutes façons éfoit fait pour Tavpir, et mourut fort vieux sans y être parvenu.
Langres fut donné à l'abbé de Tonnerre, fils du frère aîné de Monsieur de Noyon. Il étoit aumônier du Roi , et servoit auprès de Monseigneur, qui, le lendemain au soir, s'en alla^ à Meudon, où les courtisans qu'il menoit avoient l'honneur de manger tous, et toujours avec lui. Quand son souper fut servi, et que l'abbé de Tonnerre eut dit le Benediciie, il lui dit de se mettre à table. L'abbé répondit modestement qu'il avoit soupe, car l'aumônier mangeoit devant à la table du maître d'hôtel. « Et pourquoi. Monsieur l'abbé? lui dit Monseigneur. Vous êtes nommé à Langres, et dès là vous savez bien que vous devez mangeç avec moi. Au moins, ajouta-t-il, n'y manquez plus de tout le voyage. » L'abbé de Tonnerre, après l'avoir remercié, lui dit qu'il n'ignoroit pas cet honneur et cette distinction des évêques-pairs, mais qu'il n'y avoit bontés ni amitiés qu'il ne reçût tous les jours de Monsieur d'Orléans, qui ne pouvant avoir cet honneur, étant évêque et premier aumônier, il seroit trop peiné de lui. donner ce dégoût, lui n'étant encore que nommé et ayant demandé de continuer à servir dans sa charge d'aumônier jusqu'à Tarrivée de ses bulles. Il fut extrêmement loué de cette modestie et de cette considération pour Monsieur d'Orléans, et Monseigneur lui dit qu'il ne vouloit pas le contraindre, mais qu'il seroit le maître de se mettre à table avec lui toutes les fois qu'il voudroit.
M. et M"* la maréchale de Lorges arrivèrent de Vichy, et se pressèrent trop d'aller à Versailles, où ils furent reçus