PICOTERIE DES PRINCESSES
le Roi alloit chez M"' de Maintenon, qui alors dînoit souvent à la table du Roi, se mettoit vis-à-vis de lui (les tables étoient rondes), ne mangeoit jamais qu'à celle-là, et soupoit toujours seule chez elle. Pour expliquer le fait il falloit mettre ce tableau au net.
Les princesses n'étoient que très-légèrement raccommodées, comme on Ta vu plus haut, et M"* la princesse de Conti intérieurement de fort mauvaise humeur du goût de Monseigneur pour la Ghoin, qu'elle ne pouvoit ignorer, et dont elle n'osoit donner aucun signe. A un dîner pendant lequel Monseigneur étoit à la chasse, et où sa table étoit tenue par M"* la princesse de Conti, le Roi s'amusa à badiner avec Madame la Duchesse, et sortit de cette gravité qu'il ne quittoit jamais, pour, à la surprise de la compagnie, jouer avec elle aux olives. Gela fit boire quelques coups à Madame la Duchesse ; le Roi fit semblant d'en boire un ou deux, et cet amusement dura jusqu'au fruit et à la sortie de table. Le Roi, passant devant M"* la princesse de Conti pour aller chez M"* de Maintenon, choqué peut-être du sérieux qu'il lui remarqua, lui dit assez sèchement que sa gravité ne s'accommodoit pas de leur ivrognerie. La princesse, piquée,' laissa passer le Roi, puis se tournant à M'^de Ghâtillon, dans ce moment de chaos où chacun se lavoit la bouche, lui dit qu'elle aimoit mieux être grave que sac à vin, entendant quelques repas un peu allongés que ses sœurs avoient faits depuis peu ensemble. Ge mot fut entendu de M"* la duchesse de Ghartres, qui répondit assez haut, de sa voix lente et tremblante, qu'elle aimoit mieux être sac à vin que sac à guenilles : par où elle entendoit Glermont et des ofiiciers des gardes du corps, qui avoient été, les uns chassés, les autres éloignés, à cause d'elle. Ge mot fut si cruel qu'il ne reçut point de repartie, «t qu'il courut sur-le-champ par Marly, et de là par Paris et partout. Madame la Duchesse, qui, avec bien de la grâce et de l'esprit, a l'art des chansons salées, en fit d'étranges sur ce même ton. M"* la princesse de Conti, au désespoir, et qui n'avoit pas les mêmes armes, ne sut que devenir.