LETTRE DE SAINT-SIMON A RANGÉ. XXIX
irréparablement que la vérité s*y rencontre tout entière et que la passion n*a fait qu'animer le style, je me suis résolu à vous en importuner de quelques morceaux, pour TOUS supplier par iceux de juger de la pièce et de me vouloir prescrire une règle pour dire toujours la vérité sans blesser raa conscience, et pour me donner de salutaires conseils sur la manière que j'aurai à tenir en écrivant des choses qui me touchent particulièrement et plus sensiblement que les autres. J'ai donc choisi la relation de notre procès contre MM. de Luxembourg père et fils, qui a produit des rencontres qui m'ont touché de presque toutes les plus vives passions d'une manière autant ou plus sensible que je l'aie été en m,a vie, et qui est exprimée en un style qui le fait bien remarquer. C'est, je crois, tout ce qu'il y a déplus âpre et de plus amer en mes Mémoires^ mais, au moins, y ai- je tâché d'être fidèle à la plus exacte vérité. Je Vax copiée d'iceux, où elle est écrite éparse çà et là selon Vordre des temps auxquels nous avons plaidé, et mise ensemble ; et au lieu d'y parler à découvert comm,e dans mes Mémoires, je me nomme dans cette copie comme les autres, pour la pouvoir garder et m'en servir sans que j'en paroisse ^manifestement l'auteur. J'y ai joint aussi deux portraits pour servir d'échantillon au reste, quoique en bien celui de Af. Daguesseau pût suffisamment servir à ceux de ce genre, duquel il y en a bien m,oins qu'en mal. Je vous supplie ^rès-humblement de vouloir garder ce que je vous envoie. Jusqu'à ce que je l'aille m,oi-méme chercher, espérant avoir <^6 délice tout aussitôt après Pâques, et vous porter en même temps quelques cahiers des Mémoires mêmes. Je me flatte donc qu'au milieu de tous vos maux, de toutes les peities que vous cause ce changement heureux de votre grand et "^nerveilleux monastère , vous aures la charité d'examiner <c que je vous envoie, d'y penser devant Dieu, et de dicter '■e« avis, règles et salutaires conseils que j'ose vous deman- ^^, afin que, demeurant écrits, ils ne me passent point de ^0, mémoire, et que j'y puisse avoir toute ma vie recours. Je ■crois qu'il seroit inutile de vous demander des précautions ^ur le secret et sur le ton de voix dont on vou^ lira ces papiers, pour qu'on ne puisse rien entendre hors de votre <hambre. Eux-mêmes vous en feront souvenir suffisamment, ^l ne me 7'este plus rien à ajouter ici, sinon de vous de-