‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 2)Chapitre 21 sur 352 · XXX LETTRE DE SAINT-SIMON A KANCE · texte numérisé non relu

XXX LETTRE DE SAINT-SIMON A KANCE

mander pardon cent et cent fois de la distraction que cela: vous causera de tant de saintes et d'admirables occupations^ dont vous vous nourrissex sans relâche, et de vous assurer que je suis, Monsieur, plus que personne du monde, pénétré de respect, d'attachement et de reconnoissance pour vous,, et à jam,ais votre très-humble et très-obéissant serviteur.

P. S. M. du Charmel ne sait point ce que c'est que ces pa— piers^.

1. On aura remarqué combien, dans cette lettre, qui porte [la date del'extrême fin du XV11« siècle, le style est comme en entier du XVI*, et non seulement quelques mots, mais les tours et le ton général. Il semble que c'était, à ce point de départ, Thabitude naturelle de Saint-Simon dans^la familiarité épistolaire, et quand la passion n'excitait pas son talent.

INTRODUCTIOIN.

SAVOIR s'il est permis DÉCRIRE ET DE LIRE LHISTOIRE , SIiNGULIÈREMENT CELLE DE SON TEMPS.

Juillet 1743.

L'histoire a été dans tous les siècles une étude si recommandée, qu'on croiroit perdre son temps d'en recueillir les suffrages, aussi importants par le poids de leurs auteurs que parleur nombre. Dans l'un et dansl'autre on ne prétend compter que les catholiques, et on sera encore assez fort; il ne s'en trouvera même aucun de quelque autorité dans l'Église qui ait laissé par écrit aucun doute sur ce point. Outre les personnages que leur savoir et leur piété ont rendus célèbres, on compte plusieurs saints qui ont écrit des chroniques et des histoires non-seulement saintes, mais entièrement profanes, et dont les ouvrages sont révérés de la postérité, à qui ils ont été fort utiles. On omet par respect les livres historiques de l'Écriture. Mais si on n'ose mêler en ce genre le Créateur avec ses créatures, on ne peut aussi se dispenser de reconnoître que , dès que le Saint-Esprit n'a pas dédaigné d'être auteur d'histoires dont tout le tissu appartient en gros à ce monde, et seroit appelé profane comme toutes les autres histoires du monde si elles n'avoient pas le Saint-Esprit pour auteur, c'est un préjugé bien décisif qu'il est permis aux chrétiens d'en écrire et d'en lire. Si on objecte que les histoires de ce genre qui ont le Saint-Esprit pour auteur se reportant toutes à des objets plus relevés, et bien que réelles et véritables en effet , ne laissent pas d'être des figures de ce qui devoit arriver et cachent de grandes merveilles sous ces voiles, il ne laissera pas de demeurer véritable qu'il y

XXXll INTRODUCTION.

<m a de grands endroits qui ne sont simplement que des histoires, ce qui autorise toutes les autres que les hommes ont faites depuis, et continueront de faire; mais encore, <[\ie dès qu'il a plu à TEsprit saint de voiler et de figurer les plus grandes choses sous des événements en apparence naturels, historiques, et en effet arrivés, ce même Esprit n'a pas réprouvé Thistoire , puisqu'il lui a plu de s'en servir pour l'instruction de ses créatures et de son Église. Ces propositions, qui ne se peuvent impugner avec de la bonne foi , sont d'une transcendance en faveur de l'histoire à ne «oufiFrir aucune réplique. Mais sans se départir d'un si divin -appui, cherchons d'ailleurs ce que la vérité, la raison , la nécessité et l'usage approuvé dans tous les siècles pourront fournir sur ce prétendu problème.

Que sait-on qu'on n'ait point appris? Car il ne s'agit pas ici des prophètes et des dons surnaturels, mais de la voie commune que la Providence a marquée à tous les hommes. Le travail est une suite et la peine du péché de notre pre- .mier père ; on n'entretient le corps que par le travail du corps, la sueur et les œuves des mains; on n'éclaire l'esprit que par un autre genre de travail, qui est l'étude ; et comme il faut des maîtres, pour le moins des exempleî> sous les yeux, pour apprendre à faire les œuvres des mains dans chaque art ou métier , à plus forte raison en faut-il pour les sciences et les disciplines si diverses, propres à l'esprit, sur lesquelles l'inspection des yeux et des sens n'ont aucune prise.

Si ces leçons d'autrui sont nécessaires à l'esprit pour lui apprendre ce qui est de son ressort, il n'y a point de /science où il s'en puisse moins passer que pour l'histoire. Encore que pour les autres disciplines il soit indispensable d'y avoir au moins quelque introducteur, il est pourtant •arrivé à des esprits d'une ouverture extraordinaire d'atteindre d'eux-mêmes, sans autre secours que celui de ce .commencement , à divers degrés, même quelques-uns aux plus relevés , des disciplines où ils n'avoient reçu qu'une

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