‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 2)Chapitre 205 sur 352 · M"' GUYON CHASSÉE DE 8AINT-CYR · texte numérisé non relu

M"' GUYON CHASSÉE DE 8AINT-CYR

sa doctrine, et Monsieur de Chartres en profita pour faire sentir tout le danger de ce poison et pour rendre Monsieur de Cambray fort suspect. Un tel revers, et si peu attendu, rétourdit, mais il ne Tabattit pas : il paya d'esprit, d'autorités mystiques, de fermeté sur ses étriers ; ses amis principaux le soutinrent.

Monsieur de Chartres, content de s'être solidement raffermi dans l'esprit et la confiance de M"* de Maintenon, ne voulut pas pousser si fort de suite un homme si soutenu ; mais sa pénitente, piquée d'avoir été conduite sur le bord du précipice, se refroidit de plus en plus pour Monsieur de Cambray, et s'irrita de plus en plus contre M** Guyon. On sut qu'elle continuoit à voir sourdement du monde à Paris; on le lui défendit sous de si grandes peines qu'elle se cacha davantage, mais sans pouvoir se passer de dogmatiser bien en cachettes, ni son petit troupeau de se rassembler par parties autour d'elle en différents lieux. Cette conduite, qui fut éclairée, lui fit donner ordre de sortir de Paris. EUe obéit, mais incontinent elle se vint cacher dans une petite maison obscure du faubourg Saint-Antoine. L'extrême attention avec laquelle elle étoit suivie fit que, ne la dépistant de nulle part, on ne douta pas qu'elle ne fût rentrée dans Paris, et à force de recherches on la soupçonna où elle étoit, sur le rapport qu'on eut des voisins des mystères sans lesquels cette porte ne s'ouvroit point. On voulut être éclairci ; une servante qui portoit le pain et les herbes fut suivie de si près et si adroitement qu'on entra avec elle. M"* Guyon fut trouvée, et conduite sur-le-champ à la Bastille, avec ordre de l'y bien traiter, mais avec les plus rigoureuses défenses de la laisser voir, écrire, ni recevoir de nouvelles de personne. Ce fut un coup de foudre pour Monsieur de Cambray et pour ses amis, et pour le petit troupeau, qui ne s'en réunit que davantage. Les suites dépasseroient l'année; il vaut mieux en demeurer où nous en sommes pour celle-ci, et remettre aux événements de la suivante tout ce qui les amena.

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