M** DE DANGEAU DAUE DU PALAIS
Lovesteln étoîent de la maison palatine, mais d'une branche mésalliée par un mariage qu'ils appellent de la main gauche, mais qui n'en est pas moins légitime. L'inégalité de; la mère fait que ce qui en sort n'hérite point, mais a un gros partage, et tombe du rang de prince à celui de comte. Le cardinal de Furstemberg, qui aimoit fert cette nièce, cherchoit à la marier. Elle plaisoit fort au Roi et à M"* de Maintcnon, qui se prenoient fort aux figures. Elle n'avoit rien vaillant, comme toutes les Allemandes. Dangeau, veuf depuis longtemps d'un% sœur de la maréchale d'Ëstrées, filles ^ de Morin le Juif, et qui n'en avoit qu'une fille, dont le grand bien qu'on lui croyoit l'avoit mariée au duc de Montfort, se présenta pour une si grande alliance pour lui, et aussi agréable. M"* de Lovestein, avec la hauteur de son pays, vit le tuf à travers tous les ornements qui le couvroient, et dit qu'elle n'en vouloit point. Le Roi s'en mêla. M"* de Maintenon, Madame la Dauphine; le cardinal son oncle le voulut, et la lit consentir. Le maréchal et la maréchale de Yilleroy en firent la noce, et Dangeau se crut électeur palatin.
C'étoit le meilleur homme du monde, mais à qui la tête avoit tourné d'être seigneur : cela l'avoit chamarré de ridicules, et M"* de Montespan avoit fort plaisamment, mais * très-véritablement, dit de lui qu'on ne pouvoit s'empêcher de l'aimer ni de s'en^ moquer. Ce fut bien pis après sa charge et ce mariage. Sa fadeur naturelle, entée sur la bassesse du courtisan et recrépie de l'orgueil du seigneur postiche, fit un composé que combla la grande maîtrise de l'ordre de Saint-Lazare, que le Roi lui donna comme l'avoit Ncrestang, mais dont il tira tout le parti qu'il put, et se fit le singe du Roi dans les promotions qu'il fit de cet ordre, où toute la cour accouroit pour rire avec scandale, tandis qu'il s'en croyoit admiré. Il fut de l'Académie françoise et conseiller d'État d'épée, et sa femme, la première des dames du palais, comme femme du chevalier d'honneur,
1. II y a ainsi le pluriel dans le manuscrit. %. Saint-Simon a écrit : et mais.
346 COMTESSE DE ROtCY DAME DU PALAIS. [1696]
et n'y en ayant point de titrées. M"* de Maintenon Tavoit goûtée ; sa naissance, sa vertu, sa figure, un mariage du goût du Roi et peu du sien, dans lequel elle vécut comme un ange, la considération de son oncle et de la charge de son mari, tout cela la porta, et ce choix fut approuvé de tout le monde.
La comtesse de Roucy, j'en ai rapporté la raison -en parlant de la duchesse d'Arpajon sa mère. C*étoit une personne extrêmement laide, qui avoit de l'esprit, fort glorieuse, pleine d'ambition, folle des moindres distinctions, engouée à l'excès de la cour, basse à proportion de la faveur et des besoins, qui cherchoit à faire des affaires à toutes mains, aigre à merveilles jusqu'aux injures et fréquemment en querelle avec quelqu'un, toujours occupée de ses affaires, que son opiniâtreté, son humeur et sa malhabileté perdoient, et qui vivoit noyée de biens, d'affaires et de créanciers, envieuse, haineuse, par conséquent peu aimée, et qui, pour couronner tout cela, ne manquoit point de grand'messes à la paroisse et rarement à communier tous les huit jours. Son mari n'avoit qu'une belle, mais forte figure : glorieux et bas plus qu'elle, panier percé qui jouoit tout et perdoit tout, toujours en course et à la chasse, dont la sottise lui avoit tourné à mérite, parce qu'il ne faisoit jalousie à personne, et dont la familiarité avec les valets le faisoit aimer. Il avoit aussi les dames pour lui, parce qu'il étoit leur fait, et avec toute sa bêtise un entregent de cour que l'usage du grand mondé lui avoit donné. !1 étoit de tout avec Monseigneur, et le Roi le traitoit bien à cause de M. de la Rochefoucauld et des maréchaux de Duras et de Lorges, frères de sa mère, qui tous trois avoient fait de lui et de ses frères comme de leurs enfants, depuis que la révocation de l'édit de Nantes avoit fait sortir du royaume le comte et la comtesse de Roye, ses père et mère. Son grand mérite étoient ^ ses inepties, qu'on répétoit, et qui néanmoins se trouvoient quelquefois exprimer quelque chose.