Et tous, au manuscrit
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chesse du Lude, et qui n'en avoit parlé que par hasard et par curiosité, laissa dire le Roi, et s'en alla dîner bien persuadé que la duchesse du Lude étoit hors de toute portée, et n'en dit mot. Le lendemain, presque à pareille heure, Monsieur étoit seul dans son cabinet ; il vit entrer l'huissier qui étoit en dehors, et qui lui dit que la du-^ chesse du Lude étoit nommée. Monsieur se mit à rire, et répondit qu'il lui en contoit de belles; l'autre insista, croyant que Monsieur se moquoit de lui, sortit et ferma la porte. Peu de moments après, entre M. de Ghâtillon, le chevalier de l'ordre, avec la même nouvelle ; et Monsieur encore à s'en moquer. Ghâtillon lui demande pourquoi il n'en veut rien croire, en louant le choix et protestant qu'il n'y a rien de si vrai. Gomme ils en étoient sur cette dispute, vinrent d'autres gens qui le confirmèrent, de façon qu'il n'y eut plus moyen d'en douter. Alors Monsieur parut dans une telle surprise qu'elle étonna la compagnie, qui le pressa d'en dire la raison. Le secret n'étoit pas le fort de Monsieur : il leur conta ce que le Roi lui avoit dit vingt-quatre heures auparavant, et à son tour les combla de surprise. L'aventure se sut, et donna tant de curiosité qu'on apprit enfin la cause d'un changement si subit.
La duchesse du Lude n'ignoroit pas qu'outre le nombre lies prétendantes, il y en avoit une entre autres sur qui elle ne pou voit espérer la préférence : elle eut recours à un souterrain. M"* de Maintenon avoit conservé auprès d'elle une vieille servage qui, du temps de sa misère et qu'elle étoit veuve de Scarron, à la charité de sa paroisse de Saint-Eustache, étoit son unique domestique; et cette servante, qu'elle appeloit encore Nanon comme autrefois, étoit pour les autres M"* Balbien, et fort considérée par l'amitié et la confiance de M"* de Maintenon pour elle. Nanon se rendoit aussi rare que sa maîtresse, se coiffoit et s'habilioit comme elle, imitoit son précieux, son langage, sa dévotion, ses manières. G'étoit une demi-fée, à qui les princesses se trouvoient heureuses quand elles avoient occasion de parler et de l'embrasser, toutes filles du Roi qu'elles
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fussent, et à qui les ministres qui travailloient chez M"* de Maintenon faisoient la révérence bien bas. Toute inaccessible qu'elle fût, il lui restoit pourtant quelques anciennes amies de Tancien temps, avec qui elle s'humanisoit, quoique rarement, et heureusement pour la duchesse du Lude, elle avoit une vieille mie qui Tavoit élevée, qu'elle avoit toujours gardée et qui Faimoit passionnément, qui étoit de Fancienne connoissance de Nanon, et qu'elle voyoit quelquefois en privance. La duchesse du Lude la lui détacha, et finalement vingt mille écus comptant firent son affaire, le soir même du samedi que le Roi avoit parlé à Monsieur, le matin, avec tant d'éloignement pour elle. Et voilà les cours! Une Nanon qui en vend les plus importants et les plus brillants emplois, et une femme riche, duchesse, de grande naissance par soi et par ses maris, sans enfants, sans lienS, sans affaires, libre, indépendante, a la folie d'acheter chèrement sa servitude I Sa joie fût extrême, mais elle sut la contenir, et sa façon de vivre et le nombre d'amis et de connoissances particulières qu'elle avoit su toute sa vie se faire et s'entretenir à la ville et à la cour entraînèrent le gros du monde à l'applaudissement de ce choix.
La duchesse d'Àrpajon et la maréchale de Rochefort furent outrées. Celle-ci fit les hauts cris, et se plaignit sans nul ménagement qu'on manquoit à la parole qu'on lui avoit donnée, sur laquelle seule elle avoit consenti à être dame d'honneur de M"* la duchesse de Chartres : elle confondoit adroitement les deux places d%lame d'honneur et de dame d'atour, pour se relever et crier plus fort. C'étoit la dernière qu'elle avoit chez Madame la Dauphine, et qui lui avoit été promise. M"* de Maintenon, qui la méprisoit, en fut piquée, parce qu'elle l'avoit fait donner à M"* de Mailly. Elle prit le four d'accuser la maréchale d'être elle-même cause de ce dégoût, qu'on ne lui vouloit pas donner, par avoir tellement soutenu sa fille que par considération pour elle on ne l'avoit pas chassée. La maréchale en fut la dupe, et bien qu'en conservant tout son dépit et que la place fût donnée, elle abandonna sa fiU^*
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de rage, qui fut renvoyée à Paris avec défense de paroître à la cour. Cette fille étoit mère de Nangis en premières noces, qui avoit plus que mal vécu avec ce premier mari, et qui ruina son iils sans paroître, qui étoit très-riche, qui devint grosse de Blansac, qu'on fit revenir de l'armée pour l'épouser, et elle accoucha de M"* de Tonnerre la nuit même qu'elle fut mariée.
On ne pouvoit avoir plus d'esprit, plus d'intrigue, plus de douceur, d'insinuation, de tour et de grâces dans l'esprit, une plaisanterie plus fine et plus salée, ni être plus maîtresse de son langage pour le mesurer à ceux avec qui elle étoit. G'étoit en même temps de tous les esprits le plus méchant, le plus noir, le plus dangereux, le plus artificieux, d'une fausseté parfaite, à qui les histoires entières coulofent de source, avec un air de vérité et de simplicité qui étoit prêt à persuader ceux même qui savoient, à n'en pouvoir douter, qu'il n'y avoit pas un mot de vrai ; avec tout cela une sirène enchanteresse, dont on ne se pouvoit défendre qu'en la fuyant, quoiqu'on la connût parfaitement. Sa conversation étoit charmante, et personne n'assénoit si plaisamment ni si cruellement les ridicules, même où il n'y en avoit point, et comme n'y touchant pas ; au demeurant plus que très-galante tant que sa figure lui avoit fait trouver avec qui, fort commode ensuite, et depuis se ruina pour les plus bas valets. Malgré de tels vices, et dont la plupart étoient si destructifs de la société, c'étoit la fleur des pois à la cour et à la ville : sa chambre ne désemplissoit p^ de ce qui y étoit et de plus brillant et de la meilleure compagnie, ou par crainte ou par enchantement, et avoit en outre des amis et des amies considérables; eUe étoit fort recherchée des trois filles du Roi c'étoit à qui l'auroit; mais la convenance de sa liière l'avoit attachée à M"" la duchesse de Chartres plus qu'aux autres : elle la gouvernoit absolument. Les jalousies et les tracasseries qui en naquirent l'éloignèrent de Monsieur et de M. le duc de Chartres jusqu'à l'aversion : elle en fut chassée. A force de temps, de pleurs et de souplesses de
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M"* la duchesse de Chartres, elle fut rappelée. Elle retourna à Marly; elle fut admise à quelques parties particulières avec le Roi. Elle le divertit avec tant d'esprit qu'il ne parla d'autre chose à M"* de Maintenon ; elle en eut' peur, et ne chercha plus qu'à l'éloigner du Roi (elle le fit avec soin et adresse), puis à la chasser de nouveau pour plus grande sûreté, et elle saisit l'occasion d'en venir à bout. On se -moqua bien de la mère, d'y avoir consenti si inutilement pour la place qu'elle ne pouvoit plus avoir, et par une sotte et folle colère d'honneur et de duperie ; mais la tille demeura à Paris pour longtemps.
La duchesse d'Arpajon, mariée belle et jeune à un vieillard qui ne sortoit plus de Rouergue et de son château de Séverac, s'étoit vue noyée d'affaires et de procès, depuis qu'elle fut veuve, au parlement de Toulouse, pour ses reprises et pour sa fille unique, dont des incidents importants l'amenèrent à Paris pour y plaider au conseil. C'étoit une personne d'une grande vertu, d'une excellente conduite, qui avoit grande mine et des restes de beauté. On ne l'avoit presque jamais vue à la cour ni à Paris, et on l'y appeloit la duchesse des bruyères. Elle ne l'étoit qu'à brevet. M"* de Richelieu mourut fort tôt après son arrivée, et la surprise fut extrême de voir la duchesse cL'Arpajon tout à coup nommée dame d'honneur de Madame la Dauphine en sa place. Elle-même la fut plus que personne; jamais elle n'y avoit pensé, ni M. de Beuvron son frère : ce fut pourtant lui qui la fit sans le savoir. 11 avoit autrefois été plus qpe bien avec M"* Scarron; cefie-ci^' oublia point ses anciens amis de ce genre : elle compta sur l'attachement de sa sœur par lui, par reconnoissance et par se trouver parfaitement isolée au milieu de la cour. On ne pouvoit avoir moins d' éprit, mais ce qu'elle en avoit étoit fort sage, et elle avoit beaucoup de sens, de conduite et de dignité; et il est impossible de faire mieux sa charge qu'elle la fit, avec plus de considération et plus au gré de tout le monde. Elle espéra donc être choisie; elle le demanda; le monde le crut et le souhaita; mais les vingl
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mille écus que M"* Barbisi, la vieille mie de la duchesse du Lude, fit accepter à la vieille servante de M"* de Maintenon, décidèrent contre M"* d'Arpajon. Le Roi voulut la consoler, et M"*" de Maintenon aussi, et firent la comtesse de Roucy,>sa fille, dame du palais. La mère ne prit point le change, elle demeura outrée; le transport de joie de sa fille Taffligea encore plus, et leur séparation entière, qu'elle envisageoit, Taccabla : elle aimoit fort sa fille, que cette place attachoit en un lieu où la mère ne pou voit plus paroître que fort rarement avec bienséance, et elle se voyoit tombée en solitude. Elle ne la put porter : peu de mois après elle eut une apoplexie, dont elle mourut quelque temps après.
Cette consolation prétendue donnée à M"* d'Arpajon, et cette différence des deux belles-sœurs, la comtesse de Roucy faite dame du palais, et M™* de Blansac chassée, combla la douleur de la maréchale de Rochefort. Elle étoit cousine germaine de la duchesse du Lude, filles des deux sœurs, et vivoit fort avec elle, autre crève-cœur. A peine la voulut-elle voir, et ne reçut qu'avec aigreur toutes ses avances. Enfin, après avoir longtemps gémi, elle fut apaisée par une place nouvelle de menin de Monseigneur donnée au marquis de Rochefort, son fils, sans qu'elle l'eût demandée.
Dangeau étoit un gentilhomme de Beauce, tout uni, et huguenot dans sa première jeunesse; toute sa famille l'étoit, qui ne tenoit à personne. Il ne manquoit pas d'un certain esprit, surtout de celui du monde, et de conduite. Il avoit beaucoup d'honneur et de probité. Le jeu, par lequel il se fourra à la cour, qui étoit alors toute d'amour et de fêtes, incontinent après la mort de |a Reine mère, le mit dans les meilleures compagnies. Il y gagna tout son bien ; il eut le bonheur de n'être jamais soupçonné ; il prêta obligeamment ; il se fit des amis, et la sûreté de son commerce lui en acquit d'utiles et de véritables. Il iit sa cour aux maîtresses du Roi ; le jeu le mit de leurs parties avec lui; elles le traitèrent a\'ec familiarité, et lui
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procurèrent celle du Roi. Il faisoit des vers, étoit bien fait, de bonne mine et galant : le voilà de tout à la cour, mais toujours subalterne. Jouant un jour avec le Roi et M"* de Montespan, dans les commencements des grandes augmentations de Versailles, le Roi, qui avoit' été importuné d'un logement pour lui, et qui avoit bien d'autres gens qui en demandoient, se mit à le plaisanter sur sa facilité à faire des vers, qui, à la vérité, étoient rarement bons, et tout d'un coup lui proposa des rimes forts sauvages, et lui promit un logement s'il les remplissoit surle-champ. Dangeau accepta, n'y pensa qu'un moment les remplit toutes, et eut ainsi un logement. De là, il acheta une charge de lecteur du Roi, qui n'avoit point de fonction, mais qui donnoit les entrées du petit coucher, etc. Son assiduité lui mérita le régiment du Roi infanterie, qu'il ne garda pas longtemps, puis fut envoyé en Angleterre, où il demeura peu, et à son retour acheta le gouvernement de Touraine. Son bonheur voulut que M. de Richelieu fît de si grosses pertes au jeu qu'il en vendit sa charge de chevalier d'honneur de Madame la Dauphine, au mariage de laquelle il l'avoit eue pour rien, et que son ancienne amie. M"* de Maintenon, lui fit permettre dt la vendre tant qu'il pourroit et à qui il voudroit. Dangeau ne manqua pas une si bonne affaire : il en donna cinq cent miUe livres, et se revêtit d'une charge qui faisoit de lui une espèce de seigneur, et qui lui assura l'ordre, qui' eut bientôt après, en 1688. Il perdit sa charge à la mort de Madame la Dauphine, mais il avoit eu une place de menin de Monseigneur, et tenoit ainsi partout.
Madame la Dauphine avoit une fille d'honneur d'un chapitre d'Allemagne, jolie comme le jour, et faite comnu une nymphe, avec toutes les grâces de l'esprit et du corps. L'esprit étoit fort médiocre, mais fort juste, sage et sensé. et avec cela une vertu sans soupçon. Elle étoit fille d'un comte de Lovestein et d'une sœur du cardinal de Furstemberg, qui a tant fait de bruit dans le monde, et qui étoit dans la plus haute considération à la cour. Ce^