‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 2)Chapitre 25 sur 352 · INTRODUCTION. XXXVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXXVII

hérésiarques et les persécuteurs ; c'est se priver de Fadmirable spectacle des premiers siècles de F Église, de Tédification de ses colonnes, de Tinstruction de ses premiers docteurs, de la sainte horreur de la première vie ascétique et solitaire, de la merveille de cette économie qui a établi, étendu et fait triompher T Église au milieu des contradictions et des persécutions de toutes les sortes, de peur de voir en même temps la scélératesse, la cruauté et les crimes des hérésiarques et de leurs principaux appuis, l'ambition, les vices et les barbaries des évêques, et de ceux des plus grands sièges, et de là jusqu'à nous, ce qui s'est passé de mémorable dans l'Église pour le dogme, sur les dernières hérésies, sur la discipline et le culte, de peur de voir le désordre et l'ignorance, l'avarice et l'ambition de tant et tant des plus principaux membres du clergé. Ce qui résulteroit de cette ignorance est plus aisé à penser qu'à représenter : tout en est palpable, et saute de soi-même aux yeux.

Si donc il ne paroît pas sensé de ne vouloir pas être instruit de ces choses, qui intéressent si fort un chrétien comme chrétien, comment le pourra-t-on être indépendamment de l'histoire profane, qui a une liaison si intime et si nécessaire avec celle de l'ÉgHse qu elles ne peuvent, pour être entendues, être séparées Tune et l'autre ? C'est un mélange et un enchaînement qui, pour une cause ou pour une autre, se perpétue de siècle en siècle jusqu'au nôtre, et qui rend impossible la connoissance d'aucune partie de l'une, sans acquérir en même temps celle de l'autre qui lui répond pour le temps. Si donc un chrétien, à qui tout ce qui appartient à la religion est cher à proportion de son attachement pour elle, ne peut être indifférent sur les divers événements qui ont agité l'Église dans tous les temps, il ne peut aussi éviter de s'instruire en parallèle de toute l'histoire profane, <iui y a un si indispensable et un si continuel rapport.

Mais mettant même à part ce rapport, puisqu'en effet il ^trouve de longs morceaux d'histoire qui n'en ont point

XXWin INTRODUCTION.

avec celle de T Eglise, pourroit-on sans honte se faire -un scrupule de savoir ce qu*a été la Grèce, ce qu'ont été les Komains, l'histoire de ces fameuses républiques et de leurs personnages principaux ? Oseroit-on ignorer par scrupule les divers degrés de leurs changements, de leur décadence, (le leur chute, ceux de l'élévation des États qui se sont formés de leurs débris, l'origine et la fondation des monarchies de notre Europe, et de celle des Sarrasins, puis des Turcs, enfin la succession des siècles et des règnes, et leurs événements principaux jusqu'à nous? Voilà en gros pour l'histoire générale. Venons maintenant à ce qui regarde colle du temps et du pays où l'on vit.

Si l'on convient que le scrupule qui retiendroit dans l'entière ignorance de l'histoire générale seroit la plus grossière ineptie, et -qui jetteroit dans les inconvénients- les plus honteux et les plus lourds, il sera difficile de se persuader qu'aucun scrupule doive ou puisse admettre l'ignorance de l'histoire particulière du temps et du pays où l'on vit, qui est bien plus intéressante que la générale, et qui touche bien autrement l'instruction de notre conduite et (le nos mœurs.

J'entends le scrupuleux répondre que l'éloignement des temps et des lieux affranchit la charité en quelque sorte sur les vices de personnages étrangers, reculés, dont on ne connoît ni les personnes ni les races, et à qui il n'est plus d'homii>es qui puissent prendre quelque part; bien différents de ceux de notre pays et de notre âge, que nous connoissons tous par leurs noms, par leur conduite, par leurs familles, par leurs amis, pour qui on a pu concevoir de l'estime, qui même en ont pu mériter par quelques endroits, et pour qui on fait 'souvent plus que la perdre par la levée du rideau qui les couvroit.

L'objection n'est pas différente de celle qui a été déjà présentée ; les raisons qui la détruisent ne seront pas différentes aussi des premières dont on s'est servi ; mais pour couper court, ne craignons point le sarcasme, et un sar-

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