‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 2)Chapitre 258 sur 352 · PRINCESSE DE SAVOIE AU PONT BEAU VOISIN · texte numérisé non relu

PRINCESSE DE SAVOIE AU PONT BEAU VOISIN

princesse de la Cisterne et de M"* de Noyers ; le marquis de Dromero étoit chargé de toute la conduite, auxquels, ainsi qu'aux officiers et aux femmes de sa suite, il fut distribué beaucoup de beaux présents de la part du Roi. Elle se reposa dans une maison qui lui avoit été préparée du côté de Savoie, et s'y para. Elle vint ensuite au pont, qui tout entier est de France, à l'entrée duquel elle fut reçue par sa nouvelle maison, et conduite au logis, du côté de France, qui lui avoit été préparé. Elle y coucha, et le surlendemain elle se sépara de toute sa maison italienne, sans verser une larme, et ne fut suivie d'aucun que d'une seule femme de chambre et d'un médecin, qui ne dévoient pas demeurer en France, et qui en effet furent bientôt renvovés.

Avant de passer outre, il ne faut pas oublier deux choses qui arrivèrent en ce lieu, dont Tune fut cause du séjour que la princesse y fit. Le comte de Brionne, chargé au nom du Roi de recevoir la princesse du marquis de Dromero, qui la hvroit au nom de Monsieur de Savoie, prétendit être traité d'Altesse dans l'instrument de la remise, où le duc de Savoie étoit traité d'Altesse Royale; et il s'y opiniâtra si bien, quoi qu'on pût lui dire des deux côtés, que le marquis de Dromero, pour ne point arrêter plus longtemps la princesse, ôta Y Altesse des deux côtés en évitant de faire mention expresse de M. le duc de Savoie. Ce prince fut extrêmement offensé quand il apprit la difficulté du , comte de Brionne, et le Roi le trouva aussi fort mauvais ; mais la chose étoit faite et terminée, et il ne s'en parla plus. L'autre chose qui y arriva fut par un courrier du Roi par lequel il arriva un ordre de traiter la princesse en tout comme fille de France et comme ayant déjà épousé W^ le duc de Bourgogne. L'embarras de son rang avec tout le monde engagea Monsieur à en prier le Roi, les princes et princesses du sang à le désirer, et le Roi à le faire. Ce courrier arriva sur le point de l'arrivée de la princesse, de manière qu'elle ne baisa que la duchesse du Lude et le comte de Brionne, et qu'il n'y eut que la duchesse du

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