‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 2)Chapitre 260 sur 352 · DE LA PRINCESSE · texte numérisé non relu

DE LA PRINCESSE

monde, et de prendre garde à lui faire saluer toutes les personnes qui le dévoient faire, et qu'il alloit se reposer; Monseigneur s'en alla aussi, Tun chez M""* de Maintenon, l'autre chez M"' la princesse de Conti, qui ne s'habilloitpas encore, d'une loupe qu'elle s'étoit fait ôter de dessus un œil et qu'elle en avoit pensé perdre. Monsieur demeura donc à côté de la princesse, tous deux debout, lui nommant tout ce qui, hommes et dames, lui venoient baiser le bas de la robe, et lui disoit de baiser les personnes qu'elle devoit, c'est-à-dire princes et princesses du sang, ducs et duchesses et autres tabourets, les maréchaux de France et leurs femmes. Gela dura deux bonnes heures, puis la princesse soupa seule dans son appartement, où M"' de Maintenon, et M"' la princesse de Conti ensuite, la virent en particulier. Le lendemain, elle fut voir Monsieur et Madame chez eux, et Monseigneur chez M"* la princesse de Conti, et reçut force bijoux et pierreries; et le Roi envoya toutes les pierreries de la couronne à M"* de Mailly, pour en parer la princesse tant qu'elle voudroit.

Le Roi régla qu'on la nommeroît tout court la princesse,. qu'elle mangeroit seule, servie par la duchesse du Lude, qu'elle ne verroit que ses dames et celles à qui le Roi en donneroit expressément la permission, qu'elle ne tiendroit point encore de cour, que M»' le duc de Bourgogne n'iroit chez elle qu'une fois tous les quinze jours, et Messieurs ses frères une fois le mois. Toute la cour retourna le 8 novembre à Versailles, où la princesse ejit l'appartement de la Reine, et de Madame la Dauphine ensuite, et où, en arrivant, tout ce qui étoit demeuré à Paris de considérable se trouva et lui fut présenté tout de suite, comme à Fontainebleau. Le Roi et M"* de Maintenon firent leur poupée de la princesse, dont l'esprit flatteur, insinuant, attentif leur plut infiniment, et qui peu à peu usurpa avec eux une liberté que n'avoient jamais osé tenter pas un des enfants du Roi, et qui les charma. Il parut que Monsieur de Savoie étoit bien informé à fond de notre cour, et qu'il avoit bien instruit sa fille; mais ce qui fut vraiment éton-

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