M^'^DE SAINT-GERAN EXILÉE
pas trente ans. Cétoit un homme de beaucoup d'esprit et de savoir, qui tourna de fort bonne heure à la retraite et à une grande dévotion, qui l'éloigna absolument du mariage. M. de la Feuillade en profita dans sa faveur : il traita avec lui, lui donna gros du duché de Roannois, épousa sa sœur en avril 1667, et sur sa démission en conservant le rang et les honneurs, obtint pour soi une érection nouvelle, vérifiée au Parlement en août, la même année. Bientôt après, M. de Roannois ne parut plus, prit une manière d'habit d'ecclésiastique sans être jamais entré dans les ordres, et vécut dans une grande piété et dans une profonde retraite, et mourut de même, fort âgé, à Saint-Just, près Méry-sur-Seine.
Rubantel et M"* de Salnt-Geran furent les deux disgraciés. J'ai assez parlé de celle-ci pour n'avoir rien à y ajouter : elle étoit fort bien avec les princesses, et mangeuse, aimant la bonne chère et bonne convive, comme M"* de Chartres et Madame la Duchesse. Cette dernière avoit une petite maison dans le parc de Versailles, auprès de la porte de Sertori *, qu'elle appeloit le Désert^ que le Roi lui avoit donnée pour l'amuser, et qu'elle avoit assez joliment ajustée pour s'y aller promener et faire des collations. Les repas se fortifièrent, devinrent plus gais, et à la fin mirent Monsieur le Duc de mauvaise humeur et Monsieur le Prince en impatience. Us se fâchèrent inutilement, et à la fin ils portèrent leurs plaintes au Roi, qui gronda Madame la Duchesse et lui défendit d'allonger ces sortes de repas, et surtout d'y mener certaines compagnies. Si M™* de Saint-Geran ne fut pas du nombre des interdites, elle le dut à sa première année de deuil, pendant laquelle le Roi ne crut pas qu'elle pût être de ces parties; mais il s'expliqua assez sur elle pour que Madame la Duchesse ne pût pas douter qu'elle n'étoit pas approuvée pour en être. Quelques mois se passèrent avec plus de ménagement, et Madame la Duchesse compta que tout étoit oublié. Sur ce pied-là elle pressa M"* de Saint-Geran de