‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 2)Chapitre 272 sur 352 · M- DE CASTRIES · texte numérisé non relu

M- DE CASTRIES

qu'ils fussent ensemble, à M"* la duchesse de Chartres, avec qui il vivoit alors intimement, et [à] sa propre pudeur pour des gens dont il avoit fait le mariage, et qui n'avoient trouvé en lui rien moins de ce qui Tavoit fait faire, de s'intéresser pour eux en chose si fort de leur convenance, et qui ne lui coûtoit rien. Il obtint donc cette place du Roi et de M"' de Maintenon, sans laquelle ces sortes d'emplois ne s'accordoient point, et se donna le mérite de le mander en Languedoc, où étoient M. et MM"'« de Castriez et le cardinal Bonzi, avant qu'ils pussent savoir que ce poste étoit à remplir. Us demeurèrent encore quelque temps chez eux à achever leurs affaires, et puis vinrent s'établir pour toujours à la cour.

M°* de Castries étoit un quart de femme, une espèce de biscuit manqué, extrêmement petite, mais bien prise, et auroit passé dans un médiocre anneau; ni derrière, ni gorge, ni menton, fort laide, l'air toujours en peine et étonné; avec cela une physionomie qui éclatoit d'esprit et qui tenoit encore plus parole. Elle savoit tout : histoire, philosophie, mathématiques, langues savantes; et jamais il ne paroissoit qu'elle sût mieux que parler françois; mais son parler avoit une justesse, une énergie, une éloquence, une grâce jusque dans les choses les plus communes, avec ce tour unique qui n'est propre qu'aux Mortemarts : aimable, amusante, gaie, sérieuse, toute à tous, charmante quand elle vouloit plaire, plaisante naturellement, avec la dernière finesse, sans la vouloir être, et assénant aussi les ridicules à ne les jamais oublier, glorieuse, choquée de raille choses, avec un ton plaintif qui emportoit la pièce, cruellement méchante quand il lui plaisoit, et fort bonne amie, polie, gracieuse, obHgeante en général, sans aucune galanterie , mais délicate sur l'esprit , et amoureuse de l'esprit où elle le trouvoit à son gré ; avec cela un talent de raconter qui charmoit, et quand elle vouloit faire un roman sur-le-champ, une source de production, de variété et d'agrément qui étonnoit. Avec sa gloire, elle se croyoit bien mariée, par l'amitié qu'elle eut pour son mari : elle

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