‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 2)Chapitre 273 sur 352 · M"* DE JUSSAC · texte numérisé non relu

M"* DE JUSSAC

rétendit sur tout ce qui lui appartenoit, et elle étoit aussi glorieuse pour lui que pour elle ; elle en recevoit le réciproque et toutes sortes d'égards et de respects.

On ajouta bientôt après une nouvelle personne à la suite, mais intérieure, de M"** la duchesse de Chartres , mais sans aller à Marly, ni paroître'avec elle en public hors de son appartement, sinon en des voyages ou en des choses familières ; ce fut M"* de Jussac, qui avoit été sa gouvernante, et qui sut allier la plus constante confiance de M"* de Montespan avec l'estime de M"* de Main tenon. Elle s'appeloit Saint-Just, et avoit été longtemps auprès de la première femme de mon père, qui, par confiance, la donnèrent à ma sœur quand elle épousa le duc de Brissac. Les brouilleries domestiques, qui ne tardèrent pas, l'en détachèrent. Elle entra chez M"* de Montespan, qui après la mit auprès de M"* de Blois, dont elle fut gouvernante jusqu'à son mariage avec M. le duc de Chartres. Son mari fut tué, écuyer de M. le duc du Maine, à la bataille de Fleurus, en 1690. C'étoit une grande femme, de bonne mine et qui avoit été fort agréable, et toujours parfaitement vertueuse. Elle étoit douce, modeste, bonne, mais sage et avisée, qui connoissoit fort le monde et les gens, vraie et droite, polie, respectueuse, toujours en sa place, et qui, avec la confiance et l'amitié intime de M"* la duchesse de Chartres et de M"* de Montespan, et depuis avec assez de confiance de M"** de Maintenon, ne voyoit rien à l'aveugle, discernoit tout, et sut toujours se bien démêler, sans flatterie et sans fausseté, et sans rien perdre avec elles. Elle sut aussi s'attirer une vraie considération et des amis distingués à la cour, quand elle y fut mise, et toujours sans sortir de son état, ni oublier avec nous ce qu'elle y avoit été. Il est très-singulier qu'avec très-peu de bien elle maria ses deux filles à deux frères, MM. d'Armentières et de Conflans, qui n'avoient rien, et que ce soit ces deux mariages qui les aient remis au monde, et le chevalier de Conflans, leur troisième frère, et qui les aient tirés de la poussière où l'indigence faisoit languir cette ancienne maison depuis si longtemps.

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