‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 2)Chapitre 293 sur 352 · INSTRUCTION SUR IBS ÉTATS D'ORAISON · texte numérisé non relu

INSTRUCTION SUR IBS ÉTATS D'ORAISON

saires ou par des prélats qui leur adhéroient. Paris, Meaux et Chartres étoient ses parties reconnues ; Reims s'étoit joint à eux; Toul, qui [a] tant fait parler de lui depuis, sous le nom de cardinal de Bissy, vivoit avec Monsieur de Chartres comme avec un protecteur duquel il attendoit sa fortune ; Soissons, frère de Puysieux, étoit un fat, mais avec de Tesprit, du savoir, et plus d'ambition encore, qui lui avoit fait changer son évêché d'Avranches avec le savant Huet, pour être plus près de Paris et de la cour, des volontés de laquelle il étoit esclave. Lui et M. de la Rochefoucauld étoient enfants du frère et de la sœur; et M"' de Sillery, sa mère, qui n'avoit rien eu en mariage, et dont les affaires étoient ruinées, vivoit depuis longues années à Liancourt, chez M. de la Rochefoucauld. L'union étoit donc grande entre eux, et M. de la Rochefoucauld, le plus envieux des hommes, ne pouvoit souffrir les ducs de Chevreuse et de Beauvillier, dont le crédit et les places du dernier le désoloient, et dont la chute faisoit tous les désirs. Amiens, auparavant Tabbé de Brou et aumônier du Roi, étoit très-savant, mais ami intime de Monsieur de Meaux, et pensant comme lui en tout genre de ^doctrine; c'étoit d'ailleurs un homme extrêmement aimable, fort rompu au monde, goûté et recherché, mais un saint évêque, tout appliqué à son étude et à son diocèse, dont il ne sortoit que le moins qu'il pouvoit, et qui y donnoit tout aux pauvres.

Je ne puis me passer de raconter ici un trait, qui en deux mots le fera connoître. Le scrupule le prit de son entrée dans l'épiscopat; et après y avoir bien réfléchi, il fut trouver le P. de la Chaise, à qui il dit qu'il n'avoit acheté une charge d'aumônier du Roi que dans l'esprit de se faire évêque, que c'étoit là une intrusion, qu'il lui apportoit sa démission pure et sipiple , qu'il ne demandoit point d'abbaye en quittant un évêché dans lequel il étoit mal entré, et qu'il le prioit de porter sa démission au Roi et de lui faire nommer un successeur. Le P. de la Chaise admira sa délicatesse, et refusa sa démission. Ils disputè- Saint-Simon I. 27

418 MORT DE l'ÉVÊQUE DE METZ. [1697]

rent, et se séparèrent ainsi. Quelques mois après, Monsieur d'Amiens lui rapporta sa démission, et voyant que ce seroit avec le même succès de la première fois, il lui déclara que s'il ne vouloit pas s'en charger, lui-même Falloit porter au Roi. Le P. de la Chaise, voyant cette résolution si déterminée, prit sa démission, et lui promit d'en rendre compte au Roi; il le fit en effet. La réponse fut prompte, et digne de tous les trois : le confesseur dit au prélat que le Roi avoit accepté sa démission, mais qu'en même temps il le nommoit de nouveau évêque d'Amiens, et lui commandoit absolument d'accepter ; et de cette manière le scrupule cessa, et l'affaire fut finie; mais elle n'eut pas une médiocre part au scrupule que le Roi prit à son tour de la vénalité des charges Se ses aumôniers, et à l'attention qu'il a eue depuis à l'éteindre.

Pour revenir d'où la parenthèse m'a distrait. Monsieur de Gambray souffrit l'examen, qu'il ne put éviter et duquel il n'avoit rien de bon à attendre, pendant lequel Monsieur de Metz mourut à Metz, et fit vaquer un cordon bleu et une place de conseiller d'État d'Église. Monsieur de Metz étoit frère aîné de M. de la Feuillade, leur aîné à tous deux ayant été tué à la bataille de Lens en 1647*, sans alliance, attaché à Monsieur Gaston comme leur père, tué au combat de Gastelnaudary en 1632. Monsieur de Metz étoit un homme de beaucoup d'esprit, avec du savoir, qui avoit toujours fort été du grand monde. Il avoit été un moment jésuite, à quoi son génie vif et libre étoit fort peu propre. Lorsqu'on 1648 M. de Lyonne fit nommer son père, qui étoit évêque de Gap, à l'archevêché d'Embrun, George d'Aubusson, qui est notre Monsieur de Metz, eut Gap, et aussitôt après Embrun, sur le refus obstiné du père de M. de Lyonne, qui étoit un saint évêque et qui ne voulut point quitter son évêché.

Monsieur d'Embrun brilla fort en diverses assemblées du clergé par sa capacité et son éloquence. Il eut des ab-

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