EXILÉ DANS SON DIOCÈSE
en faveur du tour et de la nécessité, et il vit une lueur do retour du public.
Pour achever de suite ce qui s'en peut dire pour cette année, il ne jouit pas longtemps de cette petite prospérité. Elle fit peur à ses ennemis : ils irritèrent le Roi, qui sans le vouloir voir, lui fit dire de s'en aller sur-le-champ à Paris, et de là dans son diocèse, d'où il n'est jamais sorti depuis. En envoyant cet ordre à Monsieur de Gambray, le Roi envoya chercher M. le duc de Rourgogne, avec lequel il fut longtemps seul dans son cabinet, apparemment pour le déprendre de son précepteur, auquel il étoit fort attaché, et qu'if regretta avec une amertume que la séparation de tant d'années n'a jamais pu aflfoiblir. Monsieur de Gambray ne demeura que deux jours à Paris. En partant pour Gambray, il laissa une lettre à un de ses amis^ qu'on ne douta pas qui ne fût M. de Ghevreuse, et qui incontinent après devint publique. Elle parut une espèce de manifeste d'un homme qui, d'un langage beau, épanche sa bile, et ne se ménage plus parce qu'il n'a plus rien à espérer. Le style, haut et amer, en est d'ailleurs si plein d'esprit, et à tout événement d'artifice, qu'elle fit un extrême plaisir à lire, sans trouver d'approbateurs, tant il est vrai qu'un sage et dédaigneux silence est difficile à garder dans les chutes.
La cour de Rome eut une extrême joie de se voir déférer cette cause, à juger en première instance par les premiers prélats d'un royaume jusqu'alors si attaché à des maximes plus anciennes, et elle triompha dé les tenir en suppliants à ses pieds. Gette affaire y fit grand bruit. Elle fut renvoyée à la même congrégation qui examinoit un ouvrage dogmatique du feu cardinal Sfondrat, abbé de Saint-Gall, qui avoit été déféré au saint siège, qui, sur cette même matière et sur d'autres, étoit, disoit-on, fort étrange, mais que la pourpre de son auteur, quoique mort, protégea. Il faut les laisser travailler à Rome, et y arriver le cardinal
1. Pages 2 et 3. {JSote de Saint-Sùnon.) Voyez la note de la page précédente.