‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 2)Chapitre 298 sur 352 · Ici encore il y a un blanc au manuscrit · texte numérisé non relu

Ici encore il y a un blanc au manuscrit

matin, au sortir du prié-Dieu', il demanda au Roi un moment d'audience, et il Teut dans le cabinet, avant la messe. Là il fit sa confession avec ingénuité : il avoua au Roi le besoin qu'il avoit de retraite et de pénitence, et que jamais il n'en auroit la force tant qu'il tiendroit au monde par quelque prétexte. Il présenta au Roi la démission de son évêché, et lui dit que, s'il le vouloit combler, ce seroit de le donner à son neveu l'abbé de Chavigny, qui avoit de l'âge assez, et encore plus de mérite, de savoir et de vertu ; qu'il l'aideroit à gouverner dans ses commencements un diocèse qu'il connoissoit à fond, qu'il se retireroit dans sa propre maison à Troyes, qu'il partageroit avec lui, et qu'il y demeureroiten solitude le reste de sa vie. L'évêché valoit peu; le Roi aimoit Monsieur de Troyes, malgré la dissipation de sa vie : il lui accorda sur-le-champ sa demande. Au sortir du cabinet. Monsieur de Troyes gagna Paris, n'y vit personne, et partit le lendemain pour Troyes, où il tint très-exactement tout ce qu'il s'étoit proposé, sans vouloir voir qui que ce soit que son neveu et ses prêtres, encore pour affaires, et sans écrire ni -avoir aucun commerce avec .personne, entièrement consacré à la prière, à la pénitence et à une entière solitude.

J'ai parlé p. 84 • de la querelle de M. de la Rochefoucauld et de Monsieur d'Orléans sur une place derrière le Roi au sermon. J'en ai abrégé les procédés. Il faut dire que Monsieur le Prince, M. le maréchal de Lorges ni les autres amis communs n'ayant pu venir à bout de les réconcilier, le prélat, après avoir fait un grand bruit inutile, s'en étoit allé à Orléans bouder. A la fin il fallut bien revenir faire sa charge, et ses amis et ses frères l'en pressoient depuis quelque temps, dans l'espérance que ce retour opéreroit un changement favorable dans son affaire. Son arrivée renouvela le bruit et les plaintes. 11 se jeta aux pieds du Roi avec peu de bienséance et moins de dignité, pro-

1, Voyez ci-dessus, p. 30, note 1.

2. Cette page 84 du manuscrit correspond aux pages 308 et 309 de ce volume.

[1697] M. b'orléans condamné. 425

testant qu'il aimeroit mieux être mort que voir dégrader sa charge, après Favoir exercée trente-quatre ans. M. delà Rochefoucauld supplia le Roi de trouver bon qu'il ne prît point la place qu'il lui avoit accordée, et qu'il avoit ignoré être prétendue par le premier aumônier lorsqu'il l'accepta, dont il préféroit le retour de leur ancienne amitié à une place dont il s'étoit bien passé toute sa vie. Le Roi, qui n'aimoit pas à changer ses décisions, beaucoup moins à les voir blâmées, non-seulement tint ferme, mais il ajouta, qu'après ce qu'il avoit réglé, c'étoitson affaire à lui, et non plus celle de M. de la Rochefoucauld; que le premier aumônier n'avoit point de place au sermon ni nulle part derrière lui; qu'il se souvenoit très-bien d'avoir toujours vu Monsieur de Meaux, oncle et prédécesseur de Monsieur d'Orléans, qui avoit eu sa charge, ou debout auprès de lui, om assis sur le banc des aumôniers ; et finit par ces dures paroles, qui lui étoienj si rares, que si la chose étoit à . décider entre Monsieur d'Orléans et un laquais, il donneroit la place au laquais plutôt qu'à lui. M. delà Rochefoucauld n'eut plus qu'à se tairai Monsieur d'Orléans entra dans le cabinet, à qui le Roi parla tout aussi durement. Je l'en vis sortir l'air outré de douleur. Ni lui ni ses parents ne la continrent pas, et il s'en retourna sur-le-champ à Orléans, où il auroit mieux fait de demeurer que de venir presque à coup sûr essuyer une mortification si amère, pour une place qui ne lui avoit jamais appartenu, et devant connoître le Roi assez pour ne pas douter qu'après l'engagement qu'il avoit pris de donner la place, c'étoit s'exposer très-inutilement que s'hasarder * à entreprendre de le faire changer.

Mais, pour ne plus revenir à cette tracasserie, je dirai tout de suite comment elle finit. Le Roi au fond estimoit et aimoit Monsieur d'Orléans, et le montra bien par la façon si obHgeante dont il lui donna sa nomination au cardinalat, et par la considération qu'il lui avoit toujours constamment témoignée jusqu'à cette prétention de place

Page 1