Telle est l'orthographe de Saint-Simon
426 ABBÉ DE GOISLIN ÉYÊQUE DE METZ. [1697]
au sermon. Il étoît donc peiné du cuisant déplaisir qu'il lui avoit fait, et il Fétoit encore de Tirréconciliable division que cela avoit mise ' entre deux hommes si principaux, si anciennement amis, et si continuellement autour de lui par leurs charges. La vacance du riche et magnifique siège de Metz parut au Roi un moyen d^apaiser Monsieur d'Orléans et de finir la discorde : il y nomma l'abbé de Goislin, sans que ni lui ni aucun de sa famille eût osé y songer. La surprise fut extrême : ils se croyoient tous bien éloignés des grâces, et l'abbé de Goislin encore plus éloigné d'aucun évôché.
C'étoit un petit homme court et gros, singulier au dernier point, d'une figure comique et de propos à l'avenant, et souvent fort indiscrets, mêlé pourtant avec la meilleure compagnie de la cour, qu'il div'ertissoit en se divertissant le premier ; avec cela dangereux et malin, et un fort médiocre prêtre. Il se Fétoit fait par raison, malgré son père, qui étoit pauvre, et qui voyant son aîné sans enfants, vouloit marier celui-ci. L'aîné étoit impuissant; celui-ci en étoit fort soupçonné, et n'avoit point de barbe; son aîné étoit gueux; il ne voulut pas mourir de faim toute sa vie, et se tourna du côté des bénéfices. Dès qu'il fut prêtre. Monsieur d'Orléans, sans en dire mot à son frère, pour lui éviter le chagrin du refus s'il en recevoit un, demanda au Roi sa survivance de premier aumônier, et l'obtint sur-le-champ. Avec cet établissement, le jeune homme ne douta plus de rien, et se livra au grand monde et à son humeur. Le Roi ne le goûta jamais, et ne le souffroit qu'à cause de son oncle. 11 eut beau le suivre à Orléans, pour y travailler sous lui, cela ne lui produisit qu'une légère abbaye; et il n'avoit que celle-là seule, et point d'autre bien, lorsqu'il eut Metz. En même temps, pour finir toute dispute, le Roi donna à la charge de premier aumônier une place derrière lui à la chapelle, audessous de celle de M. de la Rochefoucauld, et la joi-