‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 2)Chapitre 3 sur 352 · NOTICE. V · texte numérisé non relu

NOTICE. V

excité « par le plaisir quUl prit, dit-il, à la lecture de ceux du maréchal de Bassompierre. » Bassompierre avait dit pourtant un mot des plus injurieux pour le père de Saint-Simon : cela n'empêche pas le fils de trouver, ses Mémoires très-curieux, « quoique dégoûtants par leur vanité. »

Le jeune Saint-Simon est vertueux; il a des mœurs, de la religion ; il a surtout d'instinct le goût des honnêtes gens. Ce goût se déclare d^abord d'une manière singulière et presque bizarre par l'élan qui le porte tout droit vers le duc de Beauvilliers, le plus honnête homme de la cour, pour lui aller demander une de ses tilles en mariage, ou Palnée ou la cadette ; il n'en a vu aucune, peu lui importe laquelle, peu lui importe la dot; ce qu'il veut épouser, c'est la famille; c'est le duc et la duchesse de Beauvilliers dont il est épris. Cette poursuite de mariage, qu'il expose avec une vivacité si expressive, a pour effet, même en échouant, de le lier étroitement avec le duc de Beauvilliers et avec ce côté probe et sérieux de la cour. C'est par là qu'il se rattachera bientôt aux vertueuses espérances que donnera le duc de Bourgogne.

Une liaison fort différente et qui semble jurer avec celle-ci, mais qui datait de l'eniknce, c'est la familiarité et Tamitié de Saint-Simon avec le duc d'Orléans, le futur Régent. Là encore toutefois la marque de l'honnêteté se fait sentir ; c'est par les bons côtés du prince, par ses parties louables, intègres et tant calomniées, que Saint-Simon lui demeurera attaché inviolablement; c'est à cette noble moitié de sa nature qu'il fera énergiquement appel dans les situations critiques, déplorables, où il le verra tombé; et. dans ce perpétuel contact avec le plus généreux et le plus spirituel des débauchés, il se pi^éservera de toute souillure.

Avec le goût des honnêtes gens, il a Tantipathie non moins prompte et non moins instinctive contre les coquins, les hypocrites, les âmes basses et mercenaires, les courtisans plats et uniquement intéressés. Il les reconnaît, il les devine à distance, il les dénonce et les démasque ; il semble, à là manière dont il les tire au jour et les dévisage, y prendre un plaisir amer et s'y acharner. On se rappelle, dès les premiers chapitres des Mémoires y ce portrait presque effrayant du magistrat pharisien, du faux Caton, de ce premier président de Harlay, dont sous des dehors austères il nous fait le type achevé du profond hypocrite.

Mais il avait à>s'en plaindre, dira-t-on ; et ici, comme en bien des cas, en peignant les hommes il obéit à des préventions haineuses et à une humeur méchante : je vais tout d'abord à

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