DU MARÉCHAL DE CHOISEUL
Sa gloire en cette occasion eût été sans regrets, sans un accident qui arriva. Blansac menoit une colonne d'infanterie et fut surpris de la nuit dans les bois. Un petit parti qu'il avoit sur son aile entendit quelque cavalerie marcher fort près de soi. Ce peu de cavalerie étoient des Impériaux égarés, qui reconnoissant le péril où ils se trouvoient, au lieu de répondre au qui-vive, se dirent entre eux, en allemand : « Sauvons-nous. » Il n'en fallut pas davantage pour leur attirer une décharge du petit parti françois, à laquelle ils répondirent à coups de pistolet. Ce bruit fit faire, sans le commandement de personne, une décharge de ce côté-là à toute la colonne' d'infanterie, et Blansac, voulant s'avancer pour savoir ce que ce pouvoit être, en essuya une seconde. Il eut le bonheur de n'être point blessé, mais cinq pauvres capitaines furent tués et quelques subalternes blessés.
L'armée ne fut pourtant point troublée par cette escopetterie, et passa la nuit auprès de nos deux brigades, dans la plaine de Stolhofen, comme chacun se trouva. Le lendemain 20, dès le matin, elle en passa le défilé, et campa la droite et le quartier général à Lichtenau, la gauche peu éloignée de Stolhofen, l'abbaye de Schwartzach vers le centre, un gros ruisseau à la tête du camp, et le Rhin à trois quarts de lieue derrière nous. Nous y demeurâmes dix ou douze jours, pour voir ce que deviendroit le prince Louis de Baden, qui demeura dans son même camp de Muckensturm ; de là nous prîmes celui de Lings, puis celui de Wilstedt, si proche du fort de Kehl qu'il rendit notre pont de bateaux inutile, et que par le pont de Strasbourg la communication étoit libre sans escorte, et continuelle entre l'armée et cette place.
Le comte du Bourg fut chargé là d'un grand fourrage, ce qui, joint 'à quelques autres bagatelles, brouilla le marquis de Renti avec le maréchal de Choiseul, son beaufrère. Renti étoit un très-galant homme, vaillant et homme de bien, mais avec cela épineux à l'excès. Le maréchal s' étoit fait une autre affaire avec Revel. C'étoit à lui à être