‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 2)Chapitre 311 sur 352 · PROJET DU MARÉCHAL DE CHOISEUL · texte numérisé non relu

PROJET DU MARÉCHAL DE CHOISEUL

de jour celui de la retraite, et par conséquent à faire celle des deux arrière-gardes, où le maréchal n'étoit pas. Le bonhomme la Freselière, que toute Tarmée aimoit et honoroit, et qui le méritoit, étoit lieutenant général aussi, et son tour tomboit immédiatement avant celui de Revel. Il étoit aussi lieutenant général de Tartillerie, il la commandoit, et par là il ne pouvoit prendre jour de lieutenant général dans Tarmée, ni marcher à son tour qu'une fois dans la campagne. Il voulut prendre sa bisque d'être de jour à la retraite; le maréchal, qui Taimoit et qui comptoit sur sa capacité, décida en sa faveur, et Revel fut outré. Du camp de Wilstedt nous allâmes prendre celui d'Offembourg.

Cet été ne fut que pluies universelles et débordements partout, qui interrompoient le commerce. Paris et ses environs furent inondés, à ce qu'on nous mandoit, et ce que nous éprouvions ne nous donnoit pas de peine à le croire. Cela duroit depuis deux mois, et notre général en gémissoit, dans l'impatience d'exécuter un projet qu'il avoit fait approuver à la cour : c'étoit d'aller attaquer des retranchements faits dès le commencement de la guerre pour garder les gorges qui sont l'entrée delà Franconie, de la Souabe et de la Bavière. Schwartz et un comte de Furstemberg gardoient ces lignes, qui, par leur étendue, étoient difiSciles à conserver. Le maréchal de Ghoiseul mouroit d'envie de s'y faire un passage dans des pays abondants et qui depuis bien des années n'avoient point souffert de guerres, d'essayer à y prendre des quartiers d'hiver, et de brûler un jpont d'une structure particulière, qui se jetoit en peu d'heures sur le Rhin, et qui, étant toujours là tout prêt, inquiétoit toutes les campagnes, sitôt que notre armée descendoit le Rhin.

Le marquis d'Huxelles étoit resté à Spire, d'où il n'avoit bougé, avec Locmaria et les troupes que ce dernier avoit amenées, depuis que l'armée avoit passé le Rhin, et ce passage n'avoit point été de son goût. Pendant que le maréchal méditoit Texécution de son projet, et que le temps

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