‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 2)Chapitre 324 sur 352 · Ici et plus loin, Saint-Simon écrit fribuatiers · texte numérisé non relu

Ici et plus loin, Saint-Simon écrit fribuatiers

456 SITUATION DU HARÉGHAL DE GHOISEUL [1697j

guéable partout, mais assez large, fort rapide, avec de Feau jusqu^au poitrail des chevaux, et quelquefois plus dans son milieu , son lit plein de gros cailloux roulants et glissants, fort incommodes , les bords du côté du HundsrUck élevés et escarpés, ceux du côté de TAlsace tous plats. Creutznach est un peu élevé ; il est des deux côtés, avec un pont qui les joint et qui enfile directement la rivière. Le prince Louis avoit bien fortifié le côté de Creutznach du côté de l'Alsace, tenoit toute cette petite ville et son pont, et avoit son armée le long de la Nave, qui couloit à sa tête , et ses flancs couverts chacun d'un ruisseau. En cette* posture, il fouettoit de son camp tout ce qui pou voit s'approcher de la rivière, qui l'étoit elle-même du pont, et avec la hauteur de son côté, voyoit fort loin du nôtre. Il demeura ainsi tranquillement plusieurs jours, amassant quantité de fourrage du Hundsrtick par ses derrières, et toutes les provisions et munitions de Mayence par un pont de bateaux qu'il jeta à trois ou quatre lieues de Bingen, où aussi il établit ses fours. Dès qu'il eut tout à son souhait, il attaqua le château d'Éberbourg par un détachement de son armée qui se relevoit* tous les jours. Éberbourg est un pigeonnier sur une pointe de rochers, à demi-lieue de Creutznach, dans la montagne. Sa situation ni celle du pays ne demandoient point d'investiture, ni plus d une attaque, de manière que les Impériaux f^isoient ce petit siège en pantoufles.

Le maréchal de Choiseul s'étoit approché d'eux, et le bruit de leur canon étoit une musique piquante à entendre. De secourir ce château rien ne le permettoit; d'attaquer le prince Louis, posté comme je viens de le représenter, parut entièrement impossible ; restoit un troisième parti, c'étoit de s'aller placer sur une hauteur au deçà de la Nave, qui commandoit leur attaque, et la faire cesser par nos batteries; mais en même temps il se trouva qu'il n'y avoit pas pour trois jours de fourrage, après quoi il faudroit se retirer. Ce dernier parti n'alloit donc qu'à leur faire suspendre trois jours durant leur siège, pour leur

Page 1