‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 2)Chapitre 325 sur 352 · ET DU PRINCE LOUIS DE BADEN · texte numérisé non relu

ET DU PRINCE LOUIS DE BADEN

laisser après toute liberté, et pour cela même fut jugé ridicule. Ce qup le maréchal de Ghoiseul fit de mieux, fut d'assembler tous les officiers généraux, de leur exposer l'état des choses, et de les obliger tous à dire leur avis Fun après l'autre, tout haut et devant tous. Par ce moyen il coupa court à tous les propos qui pourroient se tenir et s'écrire, parce que chacun parlant tout haut devant tant de témoins, il n'y avoit plus de porte de derrière; et c'étoit ce que le maréchal s'étoit proposé. Dans cette espèce de conseil de guerre, chacun se regarda, et fut bien étonné d'avoir à dire si publiquement qu'il ne pût se dédire ou déguiser ce qu'il auroit dit. Aucun ne fut d'avis d'attaquer le prince Louis, sans exception ; aucun ne fut d'avis d'aller sur cette hauteur, pour ne faire que suspendre l'attaque d'Éberbourg et se retirer trois jours après, excepté Villars tout seul, dont tous se moquèrent. Il fut donc résolu de se retirer quand il n'y auroit plus de fourrage; et cependant d'Arcy se rendit avec tous les honneurs de la guerre, excepté du canon, et fut traité par le prince Louis avec toutes sortes de politesses et les louanges que méritoit ^ sa valeur et sa belle défense. 11 avoit été capitaine dans Picardie. Nous gagnâmes donc en deux marches le camp de Marcksheim, où, logé un peu à part avec quatre ou cinq de mes amis, je me délassai des querelles des officiers généraux, dont je n'avois cessé d'être fatigué, surtout depuis que ce courrier du cabinet nous eut fait repasser le Rhin.

Ce fut en ce camp que nous reçûmes, par un courrier du cabinet, la nouvelle de la paix signée à Ryswick, excepté avec l'Empereur et l'Empire, mais la suspension d'armes avec eux. M. le maréchal de Choiseul envoya aussitôt un trompette à M. le prince Louis de Baden, et lui manda l'ordre qu'il venoit de recevoir. Le prince Louis caressa fort le trompette, et manda au maréchal qu'il avoit le même avis de la Haye par M. Straatman, un des ambassadeurs de l'Empereur, mais qu'il n'avoit encore aucun ordre

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