‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 2)Chapitre 331 sur 352 · RETRAITE VOLONTAIRE · texte numérisé non relu

RETRAITE VOLONTAIRE

nom de maréchal de Duras. Jusqu'alors on ne Favoit jamais appelé que le duc de Duras, et c'est le premier duc maréchal de France qui, par le défaut de terres à porter divers noms, et pour la distinction de Tun à l'autre, se soit fait appeler maréchal. Jamais on n'a dit que le duc de Navailles, le duc de Vivonne, etc. Depuis, cet exemple a été suivi par la même convenance, et peu à peu a quelquefois prévalu sans cette raison. Le duc de Duras ne laissa que deux filles; il n'avoit qu'un frère, beaucoup plus jeune que lui, à qui le Roi donna son régiment.

Le même jour de la nouvelle de cette mort, qui étoit un mercredi, 18 septembre, à Versailles, veille du départ du Roi pour Fontainebleau, M. Pelletier, ministre d'État, prit congé du Roi à la fin du conseil, et sans en avoir parlé à qui que ce fût qu'au Roi, monta tout de suite en carrosse, et se retira en sa maison de ViUeneuve-le-Roi. 11 avoit passé par les charges de conseiller au Parlement et de président en la quatrième chambre des enquêtes ; après il fut prévôt des marchands, et fit à Paris ce quai près de la Grève qui porte encore son nom. De là, il devint conseiller d'État, qui est le débouché ordinaire des prévôts des marchands. Il fut connu de M. le Tellier et de M. de Louvois, qui le servirent pour ces places, et entra tellement dans leur confiance, qu'il devint l'arbitre des affaires de leur famille et des débats particuliers du père et du fils, qu'ils eurent toujours le bon esprit de cacher sous le dernier secret. A la mort de M. Golbert, MM. le Tellier et de Louvois, qui savoient ce que leur avoit coûté un habile contrôleur général leur ennemi, mirent tout leur crédit à faire donner cette place à Pelletier, qui la craignit plus qu'il n'en eut de joie. Il y fut parfaitement reconnoissanl pour ses bienfaiteurs : après leur mort, il continua d'être l'arbitre des affaires de leur famille, à laquelle il demeura parfaitement attaché, et vécut toujours avec M. de Barbezieux dans une sorte de dépendance.

C'éloit un homme fort sage, fort modéré, fort doux et

[1697] DE PELLETIER, MINISTRE d'ÉTAT. 471

obligeant, très-modeste et d*une conscience timorée; d'ailleurs fort pédant et fort court de génie. 11 y a un mot du premier maréchal de Villeroy sur lui admirable. Il donnoit un matin petite direction chez lui ; tout ce qui la devoit composer étoit arrivé, et on attendoit M. Pelletier, qui étoit contrôleur général. Enfin, las d'attendre, le maréchal envoya chez lui, et à Versailles, où ils étoient, il n'y avoit pas loin. On vint dire au maréchal de Villeroy qu'apparemment M. Pelletier avoit oublié la petite direction, et qu'il étoit allé courre le lièvre. « Par...., répondit le maréchal en colère avec son ton de fausset, nous avons vu M. Golbert qui n'en couroit pas tant et qui en prenoit davantage. » On rit, et on commença la petite direction. Lorsque ce contrôleur général vit venir la guerre de 1688, la confiance intime qui étoit entre M. de Louvois et lui lui en fit prévoir toutes les suites. C'étoit àlui à en porter tout le poids par les fonds extraordinaires, et ce poids l'épouvanta tellement qu'il ne cessa d'importuner le Roi jusqu'à ce qu'il lui permît de quitter sa place de contrôleur général. Outre que ce n'étoit pas le compte de M. de Louvois, qui avoit repris alors le premier crédit, le Roi y eut une grande peine : iJ aimoit et il estimoit Pelletier, il se souvenoit toujours des embarras qu'il avoit essuyés des divisions de MM. de Louvois et Golbert, il en étoit à l'abri entre Louvois et Pelletier, et à la veille d'une grande guerre, ce lui étoit un grand soulagement. N'ayant pu venir à bout de vaincre le contrôleur général après plusieurs mois de dispute, cette même convenance engagea le Roi à lui proposer Pelletier de Sousy, son frère et intendant des finances, pour contrôleur général. Celui-ci avoit bien plus de lumière et de monde, mais son frère ne crut pas le devoir exposer aux tentations d'une place qu'il ne tient qu'à celui qui la remplit de rendre aussi lucrative qu'il veut, et il sUpplia le Roi de n'y point penser. Le Roi, plus plein d'estime encore par cette action pour Pelletier, mais plus embarrassé du choix, voulut qu'il le fît luimême, et il proposa Pontchartrain, dont j'aurai lieu de

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