DES ALLEURS; DU HÉRON
mée du Rhin, et il Tétoit excellent. Â la longue, il devint lieutenant général et grand-croix de Saint-Louis. C'étoit un matois doux, respectueux, affable à tout le monde, et qui le connoissoit bien ; il avoit de la valeur et beaucoup d'esprit , du tour, de la finesse, avec un air toujours simple et aisé. Il s'amouracha à Strasbourg, où il étoit employé les hivers, de M"* de Lutzbourg, belle, bien faite et de fort bonne maison, laquelle avoit eu plus d'un amant, et qui n'ayant rien vaillant que beaucoup d'esprit et d'adresse, voulut faire une fin comme les cochers, et fit si bien qu'elle l'épousa.
Du Héron étoit aussi Normand et peu de chose, fort bien fait aussi, mais d'une autre façon et bien plus jeune. C'étoit un très-bon officier et un des plus excellents sujets qu'on pût choisir à tous égards pour les négociations, et avec cela doux, modeste, appliqué et fort honnête homme.
Iberville avoit été dans les bureaux de M. de Croissv, d'où on le prit pour Mayence. C'étoit encore un Normand, et fort délié et très-capable d'affaires. Des autres, j'aurai lieu d'en parler ailleurs, ainsi que de Puysieux, qui alla relever Amelot, conseiller d'État en Suisse, et d'Harcourt en Espagne.
Ces emplois étrangers me font souvenir d'une anecdote étrangère qui mérite bien de n'être pas oubliée. J'ai remarqué, en parlant du siège et de la prise de Barcelone par M. de Vendôme, que le prince de Darmstadt commandoit dans le mont Jouy, qui en est comme la citadelle, quoiqu'un peu séparée. Le fil de la narration m'a emporté ailleurs; il faut revenir à ce prince. C'étoit un homme fort bien fait, de la maison de Hesse, parent de la reine d'Espagne, de ces cadets qui n'ont rien, qui servent où ils peuvent pour vivre, et qui vont cherchant fortune. On prétend qu'à un premier voyage qu'il fit en effet en Espagne, il ne déplut pas a la Reine. Le reste de ce que je vais raconter, on le prétendit aussi ; je n'en puis fournir d'autre garant, mais je l'ai ouï prétendre à des personnages qui