‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 2)Chapitre 336 sur 352 · PRINCE DE HESSE-DARMSTADT · texte numérisé non relu

PRINCE DE HESSE-DARMSTADT

n'étoient ni accusés ni en place de prétendre légèrement. On prétendit donc que le même conseil de Vienne qui, par raison d'État, ne se fit pas scrupule d'empoisonner la reine d'Espagne, fille de Monsieur, parce qu'elle n'avoit point d'enfants et parce qu'elle avoit trop d'ascendant sur le cœur et sur l'esprit du Roi son mari, et qui fit exécuter ce crime par la comtesse de Soissons, réfugiée en Espagne, sous la direction du comte de Mansfeld, ambassadeur de l'Empereur à Madrid, ne fut pas plus scrupuleux sur un autre point.

Il avoit remarié le roi d'Espagne à la sœur de l'Impératrice. G'étoit une princesse grande, majestueuse, très-bien faite, qui n'étoit pas sans beauté et sans esprit, et qui, conduite par les ministres de l'Empereur et par le parti qu'il s'étoit de longue main formé à Madrid, prit un grand crédit sur le roi d'Espagne. G'étoit bien une partie principale de ce que le conseil de l'Empereur s'étoit proposé ; mais le plus important manquoit, c'étoit des enfants. Il en avoit espéré de ce second mariage, parce qu'il s'étoit leurré que l'empêchement venoit de la Reine, dont ce conseil s'étoit défait. Ne pouvant plus se dissimuler, au bout de quelques années de ce second mariage, que le roi d'Espagne ne pouvoit avoir d'enfants, ce même conseil eut recours au prince de Darmstadt; et comme l'exécution n'étoit pas facile, et demandoit des occasions qui ne pouvoient être amenées que par un long temps, ils l'engagèrent à s'attacher tout à fait au service d'Espagne, et l'Empereur et ses partisans l'appuyèrent de toutes leurs forces, non-seulement pour lui faire trouver tous les avantages qui pouvoient Ty fixer, mais tous les moyens encore de pouvoir demeurer à la cour, qui étoit tout leur but. C'est ce qui le fit gouverneur des armes en Catalogne, après la perte de Barcelone et la paix faite; c'est ce qui, à la fin de cette année, le fit faire grand d'Espagne à vie , pour qu'il pût demeurer à la cour et s'y insinuer à loisir, pour venir à bout du dessein de faire un enfant à la Reine.

Page 1