‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 2)Chapitre 48 sur 352 · Saint-Simon écrit tantôt prie Dieu, tantôt prié Biei · texte numérisé non relu

Saint-Simon écrit tantôt prie Dieu, tantôt prié Biei

2. Coffret de métal précieux, contenant la cuiller, la fourchette et U* couteau. Le cadenas était un signe distinctif des princes et des seigneui-» du plus liaut rang.

[1692] AUIUAGE DU DLC DE CHARTRES. 3f

cardinal de Bouillon, qui se fît attendre un quart d'heure, et qui fit dire que ces airs-là ne valoient rien à prendre pour qui revenoit comme lui d'un long exil, où la folie qu'il avoit eue de ne ne pas donner la bénédiction nuptiale à Madame la Duchesse s'il n'étoit admis au festin royal l'avoit fait envoyer.

Le mardi gras, grande toilette de M"* de Chartres , oii le roi et la reine d'Angleterre vinrent, et où le Roi se trouva avec toute la cour ; la messe du Roi ensuite ; puis le dîner comme la veille. On avoit dès le matin renvoyé M"' de Verneuil à Paris, trouvant qu'elle en avoit eu sa suffisance. L'après-dînée, le Roi s'enferma, avec le roi et la reine d'Angleterre ; et puis grand bal comme le précédent^ excepté que la nouvelle duchesse de Chartres y fut menée par M^ le duc de Bourgogne. Chacun eut le même habit et la même danseuse qu'au précédent.

Je ne puis passer sous silence une aventure fort ridicule qui arriva au même homme à tous les deux. C'étoit le fils deMontbron, qui n'étoit pas fait pour danser chez le Roi,. non plus que son père pour être chevalier de l'ordre , (ïuilefut pourta'nt en 1688, et qui étoit gouverneur de Cambrai, lieutenant général, et seul lieutenant général de Flandres, sous un nom qu'il ne put jamais prouver être le sien. Ce jeune homme, qui n'avoit encore que peu ou point paru à la cour, menoit M"' de Moreuil, fille de la dame d'honneur de Madame la Duchesse, des bâtards de cette grande maison de Moreuil, et qui, non plus que lui, ne devoit pas être admise à cet honneur. On lui avoit demandé s'il dansoit bien, et il avoit répondu avec confiance, qui donna envie de trouver qu'il dansoit mal. On eut contentement. Des la première révérence il se déconcerta. Plus de cadence dès les premiers pas. Il crut la rattraper et couvrir son défaut par des airs penchés et un haut port de bras : ce n^ fut qu*un ridicule de plus, qui excita une risée qui en vint aux éclats, et qui, malgré le respect de la présence du Roi, qui avoit peine à s'empêcher de rire, dégénéra enfin en véritable huée. Le lendemain.

:i'Z MARIAGE DU RUC DE CHARTRES. [4692]

au lieu de s'enfuir ou de se taire, il s'excusa sur la présence du Roi, quil'avoit étourdi, et promit merveilles pour le bal qui devoit suivre. 11 étoit de mes amis, et j'en souffrois. Je l'aurois même averti si le sort tout différent que j'avois eu ne m'eût fait craindre que mon avis n'eût pas de grâce. Dès qu'au second bal on le vit pris à danser, voilà les uns en pied, les plus reculés à l'escalade, et la huée si forte qu'elle fut poussée aux battements de mains. Chacun, et le Roi même, rioit de tout son cœur, et la plupart en éclats, en telle sorte que je ne crois pas que personne ait jamais rien essiiyé de semblable. Aussi disparut-il incontinent après, et ne se remontra-t-il de longtemps. 11 eut depuis le régiment Dauphin infanterie, et mourut tôt après sans avoir été marié. 11 avoit beaucoup d'honneur et de valeur, et ce fut dommage. Ce fut le dernier de ces faux entés sur Montbron, c'est-à-dire son père, qui lui survécut.

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