MON PÈKE DUC ET PAIR
Favoit apportée en mariage, et la fit ériger en duché-pairie.
Il ne se coQtenta pas de suivre le Roi en toutes ses expéditions de guerre. Il eut plusieursfoisle commandement de la cavalerie dans les armées, et le commandement en chef de tous les arrière-bans du royaume, qui étoient de cinq mille gentilshommes, à qui, contre leur privilège, il persuada de sortir les frontières du royaume. Sa valeur et sa conduite lui acquirent beaucoup de réputation à la guerre, et Tamitié intime du maréchal de la Meilleraye et du fameux ducdeWeimar. Je puis dire, sans craindre d'être démenti par tout ce qu'il y a d'auteurs de ces temps-là, que sa faveur fut sans envie, qu'il fut toujours modeste et souverainement désintéressé, qu'il ne demanda jamais rien pour soi, et qu'il fut l'homme le plus obligeant, le mieux faisant et le plus généreux qui ait paru à la cour, où il causa un grand nombre de fortunes, appuya les malheureux, et fit répandre force bienfaits.
La condamnation du duc de Montmorency lui pensa coûter là sienne, pour avoir demandé sa grâce avec trop de persévérance et de chaleur. L'éclat que cela fit perça jusqu'à cet illustre coupable, qui avoit toujours été de ses amis. Allant à Téchafaud avec le courage et la piété qui Tont tant fait admirer, il fit deux présents bien différents dedeux tableaux d'un grand prix du même maître*, et uniques de lui en France : un saint Sébastien percé de flèches, au cardinal de Richelieu ; et une Pomone et Vertumne, Pomone la plus belle et la plus agréable qu'on sauroit voir, de grandeur naturelle, à mon père. Je l'ai encore, et je le garde précieusement.
Je serois trop long si je me mettois à raconter bien des choses que j'ai sues de mon père, qui me font bien regretter mon âge et le sien, qui ne m'ont pas permis d'en apprendre • davantage. Je me contenterai de quelques-unes, remarquables en général. Je ne m'arrêterai point à la fameuse journée des Dupes, où il eut le sort du cardinal de Richelieu
t. Le Carrachc.
5SI MON PÈRE DtG ET PAIR.
entre les mains, parce que je Fai trouvée dans....*, toute telle que mon père me Fa racontée. Ge n'est pas qu'il tint en rien au cardinal de Richelieu, mais il crut voir un précipice dans> Fhumeur de la Reine mère et dans le nombre de gens qui, par elle , prétendoient tous à gouverner. Il crut aussi, par les succès qu'avoit eus le premier ministre, qu'il étoit bien dangereux de changer de main dans la crise où F État se trouvoit alors au dehors, et ces vue$ seules le conduisirent. Il n'est pas difficile de croire que le cardinal lui en sut un bon gré extrême, et d'autant plus qu'il n'y avoit aucun lien entre eux. Ce qui est plus rare, c'est que, s'il conçut quelque peine secrète de s'être vu en ses mains, et de lui devoir Faffermissement de sa place, et de .sa puissance et le triomphe sur ses ennemis, il eut la force de la cacher si bien, qu'il n'en donna jamais la moindre marque, et mon père aussi ne lui en témoigna pas plus d'attachement. Il arriva seulement que ce prçmier ministre, soupçonneux au possible, et persuadé sur mon père par une expérience si décisive et si gratuite, all(Jit depuis à lui sur les ombrages qu'il prenoit. Il est souvent arrivé à mon père d'être réveillé en sursaut, en pleine nuit, par un valet de chambre, qui tiroit son ildeau, une bougie à la main, ayant derrière lui le cardinal de Richelieu, qui s'asseoyoit sur le lit et prenoit la bougie, s'écriant quelquefois qu'il étoit perdu, et venant au conseil et au secours de mon père sur des avis qu'on lui avoit donnés ou sur des prises qu'il avoit eues avec le Roi.
Ge fut cette journée des Dupes qui coûta* au maréchal de Bassompierre tant d'années de Bastille, qui le mirent de si mauvaise humeur contre mon père, qui en avoit été la cause indirecte en sauvant et maintenant le cardinal de Richelieu. Ge dépit, qu'il montre si à découvert dans ses curieux Mémoires^ quoique d'ailleurs si dégoûtants par leur vanité, ne peut pourtant rien alléguer contre mon père , et se borne à une injure sans aucun appui, qui n<'