‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 2)Chapitre 60 sur 352 · MON PÈRE DUC ET PAIK · texte numérisé non relu

MON PÈRE DUC ET PAIK

pair, que sa jeunesse Tauroit encore retenu , mais qu'ayant promis à Monsieur de faire Puylaurens, il ne pouvoit se résoudre à le faire sans lui. Ce bon maître ajouta qu'il y avoit une condition qui lui sembleroit dure, c'étoit de faire Puylaurens le premier, s'il en faisoit d'autres à cette occasion. En effet, mon père s'en trouva si choqué, qu'il balança vingt- quatre heures, comme si, n'étant pas duc, Puylaurens duc n'eût pas été bien plus au-dessus de lui que simplement son ancien. Enfin il- accepta, et le fut seul quinze jours après lui. 11 n'en eut pas le dégoût longtemps : moins d'une année éteignit ce duché-pairie de la façop que tout le monde l'a su. Mon père étoit déjà chevalier de l'ordre, deux ans auparavant, n'ayant lors que vingt-sept ans juste, à la promotion de 1633. Mon grandpère fut nommé avec lui. 11 étoit vieux et retiré. Il trouva que ce n'étoit pas la peine de faire connoissance avec la cour. 11 chargea mon père de demander le collier qui lui étoit destiné pour mon oncle, qui avoit trente-cinq [an?*; juste, qui en jouiroit plus longtemps que lui. En effet, il l'a porté cinquante-sept ans et mon père soixante, et sont restés longtemps les deux seuls du feu Roi : chose sans exemple dans aucun ordre.

Mon père eut encore les capitaineries de Saint-Germain et de Versailles, dont il se défit au président de Maisons, par amitié pour lui ; et fut aussi quelque temps grand louvetier. Lorsqu'il fut fait duc et pair, il vendit sa charge de premier gentilhomme de la chambre au duc de Lesdiguières, pour M. de Crequy, fils, de feu son second fils de. Canaples, tué mestre de camp du régiment des gardes. M. de Lesdiguières l'exerça durant sa jeunesse, mais rarement, par son presque continuel séjour en son gouvernement de Dauphiné. M. de Crequy, depuis duc et pair, ambassadeur à Rome, enfin gouverneur de Paris, fit passer sa charge au duc de la Trémoille, mari de sa fille unique, d'où elle est restée à sa postérité. De l'argent de cette* charge mon père acquit, de l'aîné de la maison, la terre de Saint-Simon, qui n'en étoit jamais sortie depuis l'héritière de Vermandois qui nous

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