‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 2)Chapitre 67 sur 352 · GLOIRK DE LOUIS XIII AU PAS DE 8USE · texte numérisé non relu

GLOIRK DE LOUIS XIII AU PAS DE 8USE

tourner le pays pour chercher quelque passage, ce qui dura ainsi plusieurs jours. Mon père, qui s'aperçut que les soirées paroissoîent en effet longues au Roi depuis le retour lie ses promenades jusqu'au coucher, s'avisa de profiter du goût de ce prince pour la musique, et lui fit entendre Nyert : il s'en amusa quelques soirs, jusqu'à ce qu'enfin, ayant trouvé un passage à l'aide d'un paysan et encore plus de lui-même, il fit seul toute la disposition de l'attaque, ot l'exécuta glorieusement le 9 mars 1629. J'ai ouï conter à mon père, qui fut toujours auprès de sa personne, qu'il mena lui-même ses troupes aux retranchements, *et qu'il les escalada à leur tête, l'épée à la main, et poussé par les épaules pour escalader sur les roches et sur les tonneaux et sur les parapets.

Sa victoire fut complète. Suse fut emporté après, ne pouvant se soutenir devant le vainqueur. Mais ce que je ne puis assez m'étonner de ne trouver point dans les histoires de ces temps-là, et que mon père m'a raconté comme l'ayant vu de ses deux yeux, c'est que le duc de Savoie éperdu vint à la rencontre du Roi, mit pied à terre, lui embrassa la botte, et lui demanda grâce et pardon, que le Koi, sans faire aucune mine de mettre pied à terre, lui accorda en considération de son fils, et plus encore de sa sœur, qu'il avoit eu l'honneur d'épouser. Ce furent les termes du Roi à Monsieur de Savoie.

On sait combien il tâcha d'en abuser aussitôt après qu'il se vit délivré de la présence d'un prince qui ne devoit un si grand succès qu'à sa ferme volonté de le remporter, à ses travaux pour y parvenir, et à son épée pour en remporter tout le prix et la gloire, et combien ce duc en fut châtié par le prompt retour du Roi. Mais depuis cette humiliation <ie Charles-Emmanuel, ce prince, si longuement et si dangereusement compté dans toute l'Europe, qui s'étoit emparé du marquisat de Saluées pendant les derniers désordres de la Ligue sous Henri 111, qui avoit donné tant de peine à Henri IV régnant et affermi dans la paix, et qui n'avoit pu être forcé à rendre ce fameux vol à un roi si guerrier.

60 (;loire de louis xiii au pas de suse.

Charles-Emmanuel, dis-je, depuis son humiliation, ne parut plus en public, de dépit et de honte, s'enferma dans son palais, n'y vit que ses ministres, pour les ordres seulement qu'il avoit à leur donner, et son fils des moments nécessaires, aucun de ses domestiques, que les plus indispensables et pour le service personnel seulement dont il ne put se passer, et mourut enfin de honte et de douleur, le 26 juiUet 1630, c'est-à-dire treize mois après. C'est ainsi que Louis Xlll sut protéger le nouveau duc de Mantoue, auparavant son sujet, et l'établir et le maintenir dans les États que la nature et la loi lui donnoient, malgré la maison d'Autriche, celle de Savoie, et toutes leurs armées.

Pour en revenir à Nyert, le Roi, à son retour, contiuua de s'en amuser. Mon père, qui étoit l'homme du monde le mieux faisant, vit jour à sa fortune. Il demanda à M. de Mortemart s'il trouveroit bon que le Roi le prît à lui, et ce seigneur, qui aimoit Nyert, y consentit ; mon père ne tarda pas à le donner au Roi , et [en] assez peu de temps le fit premier valet de chambre.

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